Gaza

19 janvier 2009 § 1 commentaire

Malgré l’enchantement que me procure le Mexique en ce moment, une note amère persiste. Lire le journal devient une torture quand je découvre les articles sur la guerre à Gaza, une guerre contre les gazaouis. Bien sûr, avoir visité la Bande et discuté avec les Palestiniens m’incline à fort peu de réserve mais ce sont deux articles du New York Times qui ont provoqué l’écriture de ce billet.

Le premier n’est pas un article mais une interview de la correspondante du journal,Taghreed El-Khodary, née à Gaza, par ses lecteurs (l’édition en ligne offre ce genre de contenu, particulièrement pertinent). Le premier enseignement de cette guerre n’est autre que la désespérance, la colère et les larmes des populations civiles. Envers Israël bien sûr mais surtout envers leurs propres représentants politiques, Fatah et Hamas. Plus personne n’est désormais épargné et je retrouve là un trait proprement palestinien, une haute conscience politique qui se conjugue avec une autocritique décapante d’humour noir. J’avoue sans peine que mon séjour en 2002 avait distillé la sensation d’une profonde impuissance renforcée par les regards bien trop polis de nos hôtes. J’étais un européen, un de ces incapables qui braillent des droits bafoués en permanence et qui financent des infrastructures aujourd’hui (comme hier) toutes démolies. Au moins l’américain est clair dans son soutien indéfectible à l’Etat d’Israël.

J’attends toujours des rédactions occidentales (et orientales) le juste portrait du palestinien, j’attends de voir son regard désabusé et accusateur qui surgit après l’hystérie des bains de sang et de larmes.

La lecture du deuxième article fut un choc. Il s’agit d’une analyse du conflit au prisme de la pensée militaire converti aux charmes de la rationalité économique. Le journaliste Ethan Bronner se fait alors stratège, use d’une raison glaciale, et abandonne pour une fois le décompte des victimes ou les traditionnelles querelles politiques. En adoptant cette posture rationalisatrice, il ne fait que renforcer la barbarité de la guerre. Pourquoi ce conflit? se demande-t-il. Selon lui, il serait simplement question d’imposer un raisonnement calculateur auprès des civils palestiniens: qu’ils pensent à deux fois avant d’appuyer une organisation qui lancent des roquettes en territoire israélien. Que la réplique sera démesurée et qu’elle touchera inévitablement des civils. En somme, qu’elle dérive pour le besoin de l’article d’une stratégie issue du monde économique, cette pensée est barbare.

Des raffinements de la civilisation.

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¿Dónde está la playa?

7 janvier 2009 § 2 Commentaires

J’ai trouvé le bonheur mexicain sur une plage perdue, un cocktail de crustacés pimentés avalés au son rocailleux de la voix de Célia Cruz. J’ai retrouvé deux amies charmantes, la Chloé et la Myret, leur sourire de grands enfants et leur regard perdu dans l’horizon du Pacifique.

La plage n’était pas aussi vierge que prévue, quelques mutants de la ville de Mexico y séjournaient en compagnie des habitants du lieu-dit, les cacalotiens. Douze heures pour y accéder, douze heures en compagnie des trésors de la musique latine, des trompettes explosives de la salsa porto-ricaine, des élans romantiques de Juan Luis Guerra, ceux plus tragiques de Julio Jaramillo, du cajón claqué des trésors du son de Veracruz. Et la voix de Stentoresse nègresse de Celia Cruz qui m’emporta définitivement dans une rêverie de cocotiers en caramel.

Le Pacifique et moi on se connaissait pas, et je dois dire qu’entre les médusettes qui te picottent la peau et les jardins d’oursins, j’ai trouvé là une compagne aux substances et aux formes généreuses.

J’ai trouvé deux familles d’argentins, un documentariste à la voix d’opéra et un alcoolique de plage à la voix colombienne ravinée. J’ai vu des enfants magnifiques, joueurs et blagueurs. J’ai croisé les pêcheurs à barque et sans barque. J’ai trouvé la cabane sous la roche où jeunes cacalotiens et cacalotiennes s’embrassent, et même la villa où les narcos aiment à festoyer. J’ai dévoré le poulpe à l’ail de la Maestra Lulu restauratrice du lieu.

De retour à la ville, les picotements me poursuivent encore. México tan lindo!

Sons

16 décembre 2008 § 2 Commentaires

Je revoyais Paranoid Park en DVD, avec un sous-titrage pour sourds anglophones. Je retrouvais les sensations de la première fois quand une chose géniale est apparue sur l’écran, rien de moins que la description des sons et le titre des musiques qui émaillent le film. Alors, sachez que le type qui fait la musique des lentes ondulations des roller-skaters, celle de la douche (les bruissements-bruinements d’oiseaux) s’appelle Ethan Rose, Portland, Oregon, la ville où s’est tourné le film.

http://www.ethanrosemusic.com/

Ce monsieur fait parti d’un univers intéressant rassemblé sous diverses étiquettes: ambient, electronica, musique concrète…Des bidouilleurs de sons en somme qui méritent un peu mieux que les cubes blancs des musées d’art contemporain où on les installe.

Alors chemin faisant, je me retrouve sur le site textura, consacré à ce type de musique. Et là…Rudi Arapahoe. Faisal mon nouveau coloc’ de Toronto, natif du Bangladesh, me dit qu’il comprend pas, lui qui vient de passer le week-end à écouter de la musique hindoue, arabe, espagnole, canadienne. Je dis que c’est comme voir une femme blanche, maigre, à poil dans un verger humide d’Angleterre, les branches des arbres sans fleurs. Une sensation d’érotisme froid.

Et vogue le PC

13 décembre 2008 § 1 commentaire

Je la vois mon italienne, que j’imagine italienne, les lèvres charnues, l002a mâchoire effilée et anguleuse, le sourcil épais, dans cette bibliothèque de México, et je ne me dis pas que le PCF m’attriste. Je me dis que l’écriture, ça gratte le front, ça froisse les sourcils, ça déforme les joues, altère l’arrondi des ongles et que les débats qui se tiennent là-bas sont bien loin de nos préoccupations. Je cherche avec elle comment raconter ma petite histoire d’investigateur et j’en oublie les débats acharnés qui se tiennent sous une coupole, en plein cœur du capitalisme français, à la Défense. L’affaire semble coriace pour ma belle, un doigt se glisse dans la bouche, fait plisser la joue, la tord, la déforme. Grande anxiété. Pour calmer le pouls, cette fois elle place délicatement son index sur le bord extérieur des paupières, geste de toilette de chatte. Le froid lui inspire un bâillement, ses épaules s’épaulent dans la veste légère et échancrée qu’elle revêt en ce samedi matin. Quittant l’écran de son ordinateur, un livre ouvert à ses côtés, elle plit le cou, l’entoure de ses mains, penche la tête comme si elle allait la tremper dans un bassin d’eau fraîche. Nous sommes deux à écrire dans la bibliothèque de l’institut Mora.

AFP/MEHDI FEDOUACH

AFP/MEHDI FEDOUACH

La Défense, c’était là où se tenait, je crois, mon premier congrès. Depuis, l’eau a coulé sous le pont d’Avignon, près duquel je fis la rencontre de mon ami Fred, devenu journaliste à l’Huma. On dit dans la presse que le prochain secrétaire du Parti sera l’actuel directeur du journal. Bien lui en fasse. Après tout pourquoi pas ? me suis-je dit, lassé des inamovibles débats de fond. Car la question n’est plus là. Et pas davantage dans les fantasmes soulevés par les tactiques, les stratégies ou les alliances, art du négociant en politique que bon nombre de militants ont appris plus ou moins à leur dépends. La question, Marie-George l’a détient mais n’ose pas la révéler. Elle est trop triviale, et pourrait se rapporter à une affaire royale du temps de la conquête des Indes : comment et qui vais-je désigner pour affronter l’inconnu, contre vents et marrées ? Des conseillers l’entourent, certains promettent des richesses insoupçonnées, d’autres, prudents, évoquent les dangers, les entraves à un projet somme toute mal ficelé. Puis une voix retentit, « je connais un homme qui peut faire l’affaire, suffisamment téméraire pour affronter les éléments, suffisamment scrupuleux, parce que négociant, pour assumer le risque ». Nous les communistes sommes à la recherche de Christophe Colomb, d’un capitaine et de son équipe pour aborder les Indes. Au fond, Marie-George, ce qu’elle veut, ce sont des gens compétents, qui ne parlent pas pour parler. Des gens pas trop cinglés, pas trop rigides qui, quoiqu’en disent les quidams, les voisins de pallier, les NPA, les PS, les PG, les NEP, veulent s’embarquent sur un vaisseau frêle. Le naufrage les attend à coup sûr, disent-ils. Probable, probable, mais en attendant la Reine d’Espagne rêve d’aventurier. Je suis Isabelle la Communiste.

Rockefeller Center, New York

9 décembre 2008 § Poster un commentaire

C’est la tour Montparnasse, la bonne mère locale, tout le monde y fait un saut sans sauter. Avec le double ticket MOMA-Top of the Rock, on profite d’une entrée réduite, d’un ascenseur ultra-rapide, 67 étages, 60 secondes, « efficace » qui disait.

Là-haut, avec Stéph, Paola et Pascal, on  matte les grattes-ciel. D’étranges phénomènes visuels et sonores nous accompagnent. Nous devenons des machines oculaires.

Aux percussions remixés, le groupe portugais Buraka Som Sistema.

Aux machines électroniques, Cassius.

Beatrix Beck

1 décembre 2008 § Poster un commentaire

Beatrix BeckElle est morte dans la nuit (le 30), une simple dépêche AFP comme faire-part, une date de naissance, un prix Goncourt en 1952 et une grand-mère juive communiste. Nous sommes loin des commentaires abondants et justifiés sur les cent ans de Lévi-Strauss. Et pourtant, ce petit bout de femme a écrit probablement les plus belles pages du siècle dernier sur la grandeur et la bassesse des gens de peu. Je la compare volontiers à Agnès Varda pour sa simplicité, son raffinement et surtout sa permanente inventivité. Sans prétendre connaître toute son oeuvre, il me semble qu’elle n’est jamais restée sur un seule registre. Je me rappelle d’une de ses nouvelles où elle réussissait le pari de filtrer les conversations d’une famille d’aristos par le regard d’un gamin: drôle, mordant et touchant à la fois. Comme ses pages sur une famille vivant dans et d’un taudis.

En mémoire de son écriture.

Article du Monde.

Reprise

25 novembre 2008 § 1 commentaire

Fais briller une lumière!

-Ouais, calme-toi petit, faut la placer d’abord…Mais putain! j’ai demandé à foutre une caméra là, au cas où Keith démarre le premier. Qu’est-ce que vous attendez?!

Ben, j’attendais ça, un choc, un émoi, quasi une éjaculation dans la salle de ciné. Franchement Marty (Martin Scorsese), merci pour avoir foutu 60 caméras dans un théâtre new-yorkais pour voir les rides de Mike et Keith au microscope. Quelle sensation extraordinaire de voir la vieillesse en pleine jouissance ou jouvance!! Voilà, y’avait rien d’autre à dire que ça, que de toute façon ces loulous ne savent pas faire autre chose que de tortiller leur cul autour d’une guitarre ou d’un micro, laissant Charlie Watts tranquille avec ses peaux. Non vraiment Marty, merci. Merci pour m’avoir fait comprendre que les Stones, au-delà des miaulements de Jagger, c’est une paire de guitaristes d’une complicité unique, qu’un solo de guitarre ça dure 10 secondes, ça se fait à deux à l’heure, genoux au sol et regard perché au ciel. Qu’une guitarre, ça se riffe.

Alors avec ça dans la gueule, je me rends avec Delphine en Norvège, Oslo, avec une bande de jeunes potes qui écoute du Punk-rock cynique et qui veulent écrire. J’ai beaucoup aimé Reprise, premier film pas si norvégien de Joachim Trier, pour ce côté amitié de loulous cultivés, à la recherche d’amour, de créativité et de bières fraîches. Delphine retrouvait ses souvenirs d’Erasmus en Suède, et moi je me disais qu’il serait temps de quitter les rives de la folie et de l’ingéniosité populaire mexicaine pour la tortuosité des atermoiements de la classe moyenne blanche et blonde d’Oslo. Un objectif: comprendre ce que l’on met derrière « Bobo » en France ou « Hipsters » aux States.