Proust

29 avril 2011 § Poster un commentaire

J’embrasse les voyages, les gares, les aires

J’enfile les lampions asiatiques, les djelabas du Caire

je ne connais rien aux trottoirs de chine, ni de Constantine

courrais-je un grand risque à m’attaquer à la cathédrale Proust?

Filant le wagon transsibérien à travers

Bretagne

J’instaure ses recoins dans une pause ou une embardée

Chaque tome de la Recherche emporte

Le roc, les vitres du café

Au large ! mes amours si faibles et si passagères

Je m’endors, je revâsse, me prélasse sans fin

Enivré dans la phrase ivre, dans le chapiteaux démontés

J’ai vécu le Printemps arabe dans la langue de Marcel

Chauffe Albertine!

L’accordéon des amours entonne désormais avec clarté un refrain oublié et pourtant si mien

Que mon coeur ne vibre que de sentir logos et pathos s’adosser

En allemand peut-être

Maintenant place à Zola!

Ce serait dit sur le ton d’une déclamation de rappeur fatigué d’être enragé. L’heure est aux vicissitudes morales pesantes: doit-on attaquer la Lybie de Khadafi avec des bombes téléguidés ou bien avec des missiles à tête chercheuse? Vaut-il mieux couper les voix de communication des migrants, construire un mur contre migrants ou faire des camps de rétention de migrants? Les voies du Progrès semblent de plus en plus impénétrables à nos contemporains et nous voulons bien courir le risque du refuge en écriture.

Le théâtre comme seule échappatoire contre l’exhortation. Une pièce, des voix, des chemins et des murs, une profonde mélancolie mâtinée de tendresse, c’est le tour qu’il nous reste. Ecoutons  » invisible « .

Publicités

Une nuit d’hommes

23 novembre 2010 § Poster un commentaire

Femme, m’abandonner dans ses bras

Après une nuit d’hommes dans les charmes antiquaires

Plus de bras, plus de sofa,

Plus de bouche sur ma bouche.

Plus de cul bientôt à l’air.

Remonter les stores viscontiens,

Casser les dalles blanches et noires

Où glissent les habits, mes habits de jeune femme fragile

Peureuse aiguisant le désir de l’homme puissant.

Essuyer le sperme sur ma poitrine avec le tapis de bain mouillé

En se regardant fière et brisé devant la glace.

La rompre.

Partir en silence, lavé, laissant les oripeaux d’une quête de soi un peu ridicule.

Partir au cinéma voir Godard

Contempler Film Socialisme

Et s’acheter une cravatte Massimo Dutti since 1985

I Fall Too Easily (in love)

Ce n’est plus vrai

C’est vrai

Comme jamais

Juste que tu t’impatientes

De ne plus

De ne pas

De

Tu la regardes

Elle te regarde

Ses cernes cerclant magnifiques

Ta propre fragilité

Tes yeux au bord des larmes

Sentir le flot qu’Ana savait

Ecouler Chet Baker

Dans une voiture américaine climax

Les gouttes de trompette de nos bouches s’échappent.

Au loin, l’obscurité

La forêt

La liturgie érotique

Le missel de Leonard Cohen

Qui unit les amants

Tant de fois

Désunis

Contient Koltès et Michaux

(où est la femme écrivaine?)

Leonard s’autorise une facétie

Femme, m’abandonner

Dans ses bras

(les cocos, vous voilà bien marris)

Rires

Bientôt

Les habits défaits

Faire l’amour

Devant les ami-es assemblé-es

Parce que beau

Après une nuit d’hommes

– Putain, Koltès serait-ce toi?

Se réfugier enfant

Toujours

Jour après jour

Dans la vitre sale et tailladée

Dans la paille de l’orange-carotte pressé

Dans son langage

Dans la feuille de l’arbre qui a du mal à tomber

Parce que je suis en colère

Toujours Ana

Quand les cymbales crissent à la suite les claquettes lisses

Tu n’es pas un homme

En allemand

C’est gratiné ce morceau de musique afro-désorientale

Rectiligne

Tu écoutes en écrémant

La soupe populeuse de la cantina belge

Ton frère que tu n’as pas vu

Les autres sans toi

Toi

éjaculé un soir par un cobra

Egyptien

Et branle soit-il Camarade Koltès

A toi

Mots

D’une nuit

Sans pluie

Sans forêt

Où suis-je ?

Catégorie Poésie sur Mexico mon coco.