Reprise

25 novembre 2008 § 1 commentaire

Fais briller une lumière!

-Ouais, calme-toi petit, faut la placer d’abord…Mais putain! j’ai demandé à foutre une caméra là, au cas où Keith démarre le premier. Qu’est-ce que vous attendez?!

Ben, j’attendais ça, un choc, un émoi, quasi une éjaculation dans la salle de ciné. Franchement Marty (Martin Scorsese), merci pour avoir foutu 60 caméras dans un théâtre new-yorkais pour voir les rides de Mike et Keith au microscope. Quelle sensation extraordinaire de voir la vieillesse en pleine jouissance ou jouvance!! Voilà, y’avait rien d’autre à dire que ça, que de toute façon ces loulous ne savent pas faire autre chose que de tortiller leur cul autour d’une guitarre ou d’un micro, laissant Charlie Watts tranquille avec ses peaux. Non vraiment Marty, merci. Merci pour m’avoir fait comprendre que les Stones, au-delà des miaulements de Jagger, c’est une paire de guitaristes d’une complicité unique, qu’un solo de guitarre ça dure 10 secondes, ça se fait à deux à l’heure, genoux au sol et regard perché au ciel. Qu’une guitarre, ça se riffe.

Alors avec ça dans la gueule, je me rends avec Delphine en Norvège, Oslo, avec une bande de jeunes potes qui écoute du Punk-rock cynique et qui veulent écrire. J’ai beaucoup aimé Reprise, premier film pas si norvégien de Joachim Trier, pour ce côté amitié de loulous cultivés, à la recherche d’amour, de créativité et de bières fraîches. Delphine retrouvait ses souvenirs d’Erasmus en Suède, et moi je me disais qu’il serait temps de quitter les rives de la folie et de l’ingéniosité populaire mexicaine pour la tortuosité des atermoiements de la classe moyenne blanche et blonde d’Oslo. Un objectif: comprendre ce que l’on met derrière « Bobo » en France ou « Hipsters » aux States.

Liz Tribute

10 novembre 2008 § Poster un commentaire

Pris dans l’instant, sans montage, sur une musique de Laurent Garnier.

Liz est ma coloc’ des States, architecte, fan du Son de Veracruz. Elle rentre souvent très tard à la maison, se prépare dans la minute un sandwich de pain intégral grillé au beurre, un jambon fromage de Oaxaca, avant de brancher son Skype et écouter la voie apaisante de Michelle.

Moi je l’aime quand elle sort de sa chambre en pyjama, une serviette sur les cheveux, les chaussettes à rayures bariolées, in a hurry, because the bread is going to burn.

Bread never burns!!

Son blog:http://www.elisabethw.blogspot.com/

Obama-my love

5 novembre 2008 § 1 commentaire

I’m so happy today. I followed this man for such a long time now that I could’nt keep weeping yesterday hearing his Grant Park, Chicago speech.

En décembre de l’an dernier, j’ai commencé ce que je peux appeler un compagnonage à distance, et à vrai dire une histoire d’amour politique charnellement consommée par fibres optiques. Ses discours, sa personnalité, son attitude m’ont progressivement séduit, devenant rapidement son ambassadeur à chaque interrogation de mes amis au sujet de la vie politique américaine. Je dois dire que le scepticisme sinon le cynisme a longtemps dominé mes conversations ici, autant de postures finalement assez compréhensibles compte tenu de l’ambiance dominante de la vie politique mexicaine. Il est d’ailleurs étrange que la nuit d’hier ait été perturbée par la mort -accidentelle?- du ministre de l’intérieur Juan Camilo Mouriño, deuxième figure de l’Etat mexicain et fidèle entre les fidèles du président Calderón.

Son avion s’est écrasé sans explications sur l’une des principales avenues de Ciudad de México, el Paseo de la Reforma. Connu pour ses manigances et ses connivences avec les pouvoirs économique et judiciaire, ce type ne portait pas le respect, juste une belle gueule, en somme un bon représentant de la médiocrité de la classe politique mexicaine. Si loin mais si loin de l’exemple Obama qu’il est fort probable que le contraste ait inévitablement favorisé mon attirance pour l’Amérique, et mon mépris pour le Mexique tout au long de ces derniers mois.

Car la question est celle de savoir ce que l’on peut prendre de mieux de chaque société, de ce qu’un pays, une culture arrive à produire, à inventer, à imaginer qui transcende les bassesses de tout peuple. Le plus important message politique de Barack Obama est d’avoir permis à un peuple de croire et de réaliser ses plus hautes aspirations.

La leçon première de sa victoire tient d’abord à la reprise d’une histoire de luttes émancipatrices. Obama sait ce qu’il doit aux mouvements des droits civiques, à celles et ceux qui ont obstinément tenté de renverser l’image d’une Amérique raciste et repliée sur elle-même. Sa victoire est la reprise d’un héritage, sa capacité à en souligner les insuffisances et à projeter ses élans émancipateurs.

Pour autant, même si cette Amérique est jalonnée de grandes figures et de grands symboles, il fallait mettre en mouvement des citoyens souvent désilusionnés, ou tout simplement impuissants face aux machines médiatiques et politiques qui étouffent trop souvent les expressions populaires. Obama a construit ce qui restera comme la plus exemplaire campagne politique tous terrains, parce qu’il l’a d’abord conçu à partir de la rue, qu’elle soit virtuelle ou réelle. Cette alliance de la brique et de la fibre optique m’apparaît essentielle, et montre une exploitation exceptionnelle des ressources de l’internet. La dispersion structurelle des forces citoyennes – financière et communicationnelle surtout- n’est plus un obstacle quand elle est canalisée, articulée et constamment mise en mouvement. Les mails quotidiens actualisent les argumentaires et proposent des méthodes de dialogue à toutes les échelles. De l’interaction en face-à-face aux réunions de quartier, des discussions familiales aux meetings de masse, rien n’a été laissé au hasard ou plutôt aux maladresses inhérentes à l’activité militante. Et puis ces appels permanents à la collecte de fonds, Reese mon coloc’ qui me dit combien de fois il a donné par petite tranche à des moments qu’il considérait cruciaux.

En sociologie, les américains sont les porteurs de la Grounded Theory. On peut désormais leur accréditer la Grounded Internet Mass Political Campaign. Difficile de dire ce qu’il restera de tous ces élans, de mon coeur amoureux et aujourd’hui recru de fatigue.

Thank you Barack, Change can happen.

En prime, ces images de Carmen et de sa famille, La Mantilla, quartier périphérique de La Havane, Cuba. Mil disculpas por el retraso mi linda!!

Tepito

8 septembre 2008 § 5 Commentaires

Je ne ferai pas de commentaires sur un quartier que je ne connais pas. Mais au retour de ce gigantesque marché de la contrebande, je revoyais les images prises par Van Der Keuken en Inde. Entre le langage du corps et du monde, l’argent.

My brightest diamond

20 août 2008 § 1 commentaire

En sortant de Se Busca (Wanted), je me disais que le monde Mexique ressemblait un peu à ça, à cette sensation de vivre entouré d’assassins invisibles dont la discrétion est telle qu’elle ne m’empêche pas d’aller acheter mes sushis du jour. Nous en sommes à 2600 meurtres en l’espace d’un an, selon le décompte de El Universal. Pas plus tard qu’hier, dans l’Etat de Chihuahua 22 personnes dont un enfant d’un an ont trouvé la mort. Chaque jour dans la presse populaire (voir les tabloïds anglais), je peux découvrir à la Une le filet de sang rutilant d’un cadavre, et pas très loin la poitrine tout aussi rutilante d’une pétasse. Le tableau n’est pas macabre, juste saugrenu, peut-être irréel. Comme ce film extraordinaire de violence, totalement stupide et virtuose, où brille la grâce sauvage d’Angelina Jolie, sans doute la seule actrice à pouvoir d’un regard nous adresser les signes de la séduction et de la voracité. Je me demandais donc si finalement les assassins mexicains n’étaient pas du même calibre, raffinant à l’extrême le plaisir de la gachette, polissant leurs balles, nettoyant leur chambre à canon, avant de faire pivoter le barillet. Car les armes du crime organisé mexicain sont dans l’ensemble des armes à feu. Ce film, au fond, leur est dédié. Il relève la multiplicité des ordonnancements qui assurent la cohérence chaotique du pays.

Après de telles déflagrations, mon cerveau nécessitait un bain de douceur, ma peau la caresse d’une aile de papillon. Et My Brightest Diamond arriva.

La libellule passera bientôt en France avec un nouvel opus, tout simplement grâcieux.

cereal

13 août 2008 § 1 commentaire

Max aime les céréales. Max est mon coloc’ américain, de Brooklyn. Il part demain rejoindre sa femme. C’est un gars qui fait du vélo, sur une piste de vélodrome, celle-là même où Francesco Moser a battu un record de l’heure. Sur la piste, il est grand, pas forcément véloce vu le vélo qu’on lui a fourgué, mais discipliné du corps et peut-être de la tête car il ne semble s’offusquer des cris du Coach Rafa. Max écrit souvent mais entre chaque prise de plume, il aime manger. Les tacos du garage bleu ont sa préférence. Le garage bleu, c’est sans doute le plus chouette parking de la ville, quelques tables, des tabourets et des nopales savamment cuisinés dans la viande de son choix. Max sort régulièrement avec ses amis de la mode, Rafa (non pas le coach) et Roberto, deux jeunes stylistes en vogue. Ces deux-là s’habillent en général très mal, un jean déchiré, une chemise à carreau de bûcheron, un blouson en cuir rapiécé. Quand il n’est pas avec eux, le soir il discute longuement avec sa femme, belle et jeune et new-yorkaise, anxieuse quant à savoir si elle va vraiment réussir à arrêter de fumer. Max est venu voir Mexico City parce que les gens de NY sont ambitieux. Dans un mauvais sens. Les femmes y seraient arrogantes, déstabilisant leurs multiples boyfriends. Les pauvres.

Ah, le voilà qui se dirige vers la cuisine prendre un bol de céréales. Des Quakers, les meilleurs.

Allez, ça me tente bien.

Yoga

11 août 2008 § Poster un commentaire

Que produit cette tristesse cotonneuse qui depuis le départ brutal de Kelly m’envahit sans me laisser d’autres choix que de la digérer comme un plat mexicain, par la force liquide des choses ? Peut-être faut-il partir d’un lieu, d’une situation, le Yoga, qui éclaire et ombrage à la fois ma position. Et peut être déclarer ici la remarquable faiblesse des liens qui nous unissaient et qui n’eut d’autre effet que de forger une force insoupçonnée, ce que j’appelle après coup amour. Dans cette chambre où je suis entré en elle et avec elle sans crier gare – sans crier « gare ! », je crois avoir découvert une énergie subtile, désirante et détachée, désirante parce que détachée. Précisons que ce désir ne se nourissait point de son détachement mais du mien, et, au fur et à mesure, de notre attachement distancié. La chute finale, si douce et brutale, sans pathos sinon ces larmes qui affleurèrent à mes paupières, ne clôt rien. Elle m’ouvre un nouvel abîme de désolation qui appelle, comme tout trou, à se remplir. La tristesse s’y engage la première, déjà préparée avec ses canots de sauvetage, ses bouées et ses cordes. Venue programmée, elle ne satisfait point.

Kelly pratiquait le Yoga quotidiennement dans une optique de gestion d’une anxiété tenace, et qui pouvait venir de ses expériences de voyage en Asie, longues et esseulée, et du sentiment qu’une période de sa vie s’achevait nécessitant l’ouverture d’un nouveau cycle. Peut-être au Mexique. Peut-être avec moi. Je refusais bien sûr l’idée de m’introduire comme une pièce dans un plan adverse, ce qu’immanquablement je fus. Du Yoga, je n’entendais rien sinon l’écartement de ses cuisses, la torsion de son dos ou l’élasticité de ses muscles. Si étranges m’apparaissaient ses réactions au retour d’une séance, sa frustration quand le maître n’avait su dialoguer avec elle et son bonheur évident quand il lui avait permis d’atteindre une position physique rare, signifiant accès à un état d’esprit que je ne peux nommer. Par ignorance. Là git un mystère que je sonde par inadvertance après la rencontre d’un livre de François Jullien, philosophe de l’abord croisé des pensées occidentale et chinoise judicieusement conseillé par mon frère.

De quel abord me nourrissais-je en et avec Kelly – car nous mangions souvent ensemble, végétarien si possible – sinon, finalement, de cette teneur relâchée de nos échanges, qui me semble empreinte de ses exercices corporels orientaux. Nos rencontres régulières et espacées m’offraient en effet une respiration bienvenue dans une ville qui m’étouffait. La première fut sans doute la plus belle, inscrite dans l’espace d’un musée d’art contemporain retouché par l’intelligence d’un photographe allemand. Je dois, nous devons à Wolfgang Tillmans la naissance d’une harmonie des intellects, d’une élégance des regards et des paroles si rares que ce dimanche restera pour nous inoubliable. Sans Wolfgang, nos pensées n’auraient su s’aiguiser et provoquer ainsi, chose étonnante, une esthétisation de mon désir, une forme de décentrement de la pulsion sexuelle provoquée par sa nuque qui me semblait et me semble résumer la quintessence de son élégance. Au cours de cette déambulation s’est tramé le tissu fin des affects éloignés de la brutalité des passions, offrant le plaisir d’une délectation douce et sereine de l’instant. Naquit une entente, une attente qui allait transformer ce magnifique moment dans la durée d’un compagnonage qui constitua pour moi toute la beauté de notre relation. Je n’avais pas alors envisagé que pouvait s’y trouver sa fragilité. Je préférai alors la saveur d’une situation sans finalités autres que le désir d’en éprouver les sinuosités. Et quand apparurent les surdéterminations de l’engagement, la ballade ne pouvait plus ne plus s’éprouver dans l’instant.

Ferais-je ici l’éloge de l’instant léger et souple, débarrassé des contingences de la vie et d’une période de la vie – 30 ans – où certains désirs sont bien compréhensibles – la maternité/paternité ? Je ne le crois pas. Car de cet instant, et des instants accumulés, ai-je écrit, se nourrit une durée dont la consistance me paraît l’élément constitutif de la vie amoureuse. « Mais tout cela ne mène à rien », me disait-elle. J’aurais voulu répondre mais c’était déjà trop tard pour produire l’écart, la dispute si nécessaire à l’économie d’un couple. Je recherchais cet écart en elle, par elle et pour moi-même. Cette relation avortée m’ouvre un abîme, un vide que je remplis de ce sentiment, la tristesse, qui n’implique pas passivité. Je trouve maintenant une richesse dans les non-dits que j’ai si souvent exprimés avec elle. Et je dois dire sans ruse que j’ai voulu bien souvent me déclarer à elle en non-dits. Mais s’agissait-il de réserve ou de réticence ? Là est la question. Et je finis par croire que cette relation avait fini par transformer la suggestion, l’allusion si douce des premiers moments en l’embarras pesant des ultimes et mon intention finale n’aurait été autre que de nous dégager de cette dernière pesanteur. La sienne également mais dans le motif du dégagement-réengagement qui me fait souffrir. Se serait-il construit une sourde étanchéité entre nous que le désir n’a pas dissoute ?

N’est-ce pas finalement cette quête de Sens (à quoi cela mène-t-il ?) qui érige des parois et finit par figer le processus amoureux, tout entier désormais tendu vers une finalité (l’accomplissement de Soi, du Couple, de la Famille…) qui me semble dans ce cas obstruer les voies du plaisir que j’ai eu à marcher à ses côtés ?

– au long de notre promenade, l’amour m’accompagnait à distance, tapie dans un recoin de moi mal connu, ce recoin peut-être où se loge la file des déceptions accumulées.

Où suis-je ?

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