Koltès

22 novembre 2010 § Poster un commentaire

Je suis parti trop tôt. Ce n’est pas dans mes habitudes car d’habitude je pars toujours un peu trop tard. Dans le vieux camion, après avoir attrapé le trolley-bus délabré, j’ouvre La Nuit Avant les Forêts de Bernard-Marie Koltès. Tout de suite, je suis happé par le vif de l’écriture, directe, précise et labyrinthique, de quoi emporter mes pensées encore obsédées par la mauvaise prestation d’hier. Pas mon truc professeur. Ce qu’emporte la Nuit c’est une rêverie d’homme assis, encore mal luné, pris dans le souvenir de ses années de militantisme quand il écoute littéralement l’écho du mot camarade. Koltès, c’est un pote, c’est lui qui s’échappe au coin de la rue, c’est vers lui que voudrait porter mon adresse au monde de ce matin. Comme deux vieilles canailles qui jouent aux retrouvailles, je sens le besoin d’une bonne tape sur l’épaule. Et puis fatalement, en cette heure bien matinale, je m’épuise et mon épaule s’en remet à la vitre pour supporter le manque de sommeil. En prenant le second camion, le petit camion tout déglingué, encore plein à craquer, je croise les oreilles illuminées d’une passagère. C’est une Sainte c’est évident, la Sainte des Ménages emmitouflée dans son manteau noir acrylique. Elle a l’aura par ses oreilles si décollées, aura maladroitement dessinée comme les traits de son maquillage. Je tombe amoureux, je voudrais me prosterner et lui rendre mes hommages.

Il est bien trop tôt ce matin pour aller donner cours. Que m’est-il arrivé? Le temps se rattrape, le temps gagné se perd dans le Starbucks de l’Université Anahuac. Aucune surprise, je trahis fidèlement ma Sainte femme des Ménages dans l’antre de production de l’élite bourgeoise conservatrice du Mexique. Dans la file, j’observe le professeur au cartable de cuir, à l’écharpe soyeuse et pendante qui commande son traditionnel Caffé Latte. Je reste absorbé par le ton onctueux qu’il déploit pour ne pas manquer de masquer sa condescendance envers l’employé. Il le félicite gentiment, si gentiment, pour la maîtrise de l’art du mélange lait-café. Cet homme porte tout entier le parfum mielleux des manuels de formation au leadership.

Je me sens social-traî(t)re. Traire!

 

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Vous lisez actuellement Koltès à Mexico mon coco.

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