Matamoros, Tamaulipas

9 mars 2010 § Poster un commentaire

Sur les rives du Rio Bravo, Matamoros se tient humble, entre de maigres palmiers, ramages aux vents, et la plage Baghdad. Ici cheminent encore de vieilles américaines, venant sans doute faire leur petit tour devant la statue du héros local, trônant fièrement, Rigo Tovar (voir la vidéo). En voyage de représentation, tout à mes petites affaires sociologiques, je l’aborde valise portant portable, cette ville frontalière, quelques jours à peine après la reprise des hostilités entre le cartel du Golfe et celui des Zetas. Sur le chemin de Matamoros, Reynosa, Tamaulipas, fait maintenant figure de nouvelle cité martyre, délestant Ciudad Juarez, sa voisine de quelques milliers de kilomètre, du poids de quelques cadavres. La mort, à Matamoros, je ne la sens pas, même en la cherchant dans les remarques laconiques du vieux chauffeur de taxi, ou sur la peinture défraîchie de sa vieille tsuru déglinguée et mal rapiécée. D’un rythme princier, légèrement cahoteux, nous entrons dans le centre, charmant petit résidu de colonialité espagnole, avant d’aborder le rivage du Ritz. Surpris de me voir débarqué du carrosse rafistolé, arborant fièrement ma moustache de quelques jours, les portiers se décident à porter ma maigre valise, à me diriger cette fois servilement et aimablement vers ma chambre. Après une douche délassante, rapiécé, j’attends calmement la reine des maquilas. Cirila, fille de paysans du Morelos (Etat vert et vallonné du centre du pays), est l’experte des usines de confection de vêtements, de voitures, et de femmes au destin moins rose que le sien. Elle aussi dans une vieille Tsuru d’énième génération m’emmène dans un restaurant ranch où l’on fait des « crêpes à la gueule de burrito ». Je lui laisse alors le plaisir du met breton d’exil au profit d’un steak plus mex que tex, histoire de narguer les cowboys voisins. La conversation file à voix unique, entre deux mastications, et se clôt par un « Tanguy, tu restes bien sage dans ta chambre d’hôtel ce soir ». Ce qui fut fait avant que de me retrouver le lendemain au pied du Cerro de la Silla (Mont Siège), Monterrey, Nuevo Leon. Il pourrait bien servir de fauteuil de rechange pour de vieilles Tsuru celui-là.

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Vous lisez actuellement Matamoros, Tamaulipas à Mexico mon coco.

Méta

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