Hadewijch

26 novembre 2009 § Poster un commentaire

Le monde n’est pas un refuge tranquille. Et pourtant ses bosquets d’hiver, ses verts pâturages, et même les enceintes d’un couvent en réhabilitation semblent fournir les éléments d’un retrait, d’une retraite. Le dernier film de Bruno Dumont se présente comme l’impossible quête de l’habiter pour une jeune fille, Céline, que rien ne pourra émouvoir. Les convulsions d’un accordéon, le parvis d’une cité de banlieue, la lutte armée au nom de l’Islam, n’y feront rien. Céline se meurt d’amour, de sentir que l’amour qu’elle porte au Christ, crevant de son évidence, s’absente. Ce ne sont pourtant pas les moyens qui manquent pour le retrouver. Et d’abord les règles de la vie religieuse qui apparaissent comme une série de dispositions pour faire naître, consolider et renforcer cet amour. Céline les radicalise, patiemment, avec ferveur, mais rien y fait. La prière susurrée, répétée, prononce le désir d’amour dans le silence d’une croix, d’un Christ encagé, sans écho. Même la musique de Bach résonne sans passion dans l’église, glissant loin des expectatives de Céline, de son cou qui se tend, haut, pour finalement se relâcher. Céline remercie poliment les musiciens, quitte les épaules basses la maison de Dieu et retrouve le monde, et Yassine.

La rencontre avec Yassine, puis celle de son frère Nassir, peut bien apparaître improbable, elle se déroule sur le mode de l’évidence, fragile, flottante mais tenace. Yassine, puis Nassir, véhiculeront sa quête d’absolu, sans transe, paisiblement, dans l’acquiescement irraisonné? des espérances, petites et grandes, que les deux frères portent. Ce sont des âmes sœur sans autre accent, couleur ou religion que les leurs, des compagnons qui accueilleront son martyr et l’achèveront. Dans ce monde. Parce qu’ainsi le veut la religion, cherchant à la fois à développer, contenir et orienter la subjugation d’une passion amoureuse transcendante. L’expérience religieuse, nécessairement individuelle, doit se conformer à la religion, institution sociale.

Mais il faut au film une texture, un rythme, un ordonnancement pour exposer cette expérience. La première n’est pas photographique ou filmique mais bien picturale, et si sa luminescence emprunte à la tradition flamande, elle n’en reprend le motif (l’objectif) que pour le radicaliser, pour rendre son indépendance et au paysage et au visage, au monde et au sujet qui s’y absente. Le spectateur capte alors non seulement cette impossible fusion mais plus grave encore, la présence d’un corps qui tente de s’interposer sans pouvoir prendre part à ce qui l’entoure. A ce motif pictural s’ajoute une suite d’expériences sonores, dont l’hétérogénéité sera patiemment digérée par le rythme des plans et de leur cadrage, insistants et rigides. C’est le pari réussi de ce plan sidérant qui voit l’agitation d’un groupe de punk-jazz en bord de seine s’annuler par la fixité du cadre et l’insistance du plan, la caméra finissant par se tourner, lasse, vers les dodelinements forcés de la tête de Céline. En absorbant les élans de Céline, le film happe l’événement tragique, le transporte dans les rives d’une scène finale sans apothéose.

Le sujet du film se transpose. Un homme, un détenu en liberté conditionnée, a été là, un jour, pour sauver Céline, la recueillant dans ses bras et qui, nous le savons, va tenter de reprendre son destin, simplement, comme le demande sa mère: « Après tout, t’as tué personne ».

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