Slumdog millionaire

7 mars 2009 § Poster un commentaire

19011467Quel étrange tourment emporte le spectateur cinéphile, l’amateur de films propres et huilés, sobrement cadrés, de ces films qui laissent place au silence réflexif, quand il fait face à une comédie d’amour shakespearienne tournée dans les faubourgs bariolés de Mumbay ? Celui, peut-être, de tout voyageur occidental qui arrive aux Indes (le pluriel est bien sûr de mise dans ce pays-continent), démuni de repères sinon ceux forgés par la convenance des rites de leur société pas si inégale. L’Inde est inégale et aujourd’hui plus que jamais, et plus que jamais elle l’affiche. Le spectateur occidental, nous tous au fond, ne se retrouve pas totalement perdu, car c’est d’abord un jeu planétaire -qui veut gagner des millions?- qui ouvre le bal, image du bal qui se justifie des chorégraphies bollywoodiennes qui clôturent le film. La recette est vieille comme le monde, un jour larbin le lendemain mandarin. Dans ce bal, l’enfance tient le rôle principal et nous devons reconnaître à Danny Boyle d’avoir su recomposer des images que nous avions tous vues, à la une d’un journal, au beau milieu d’un documentaire misérabiliste mais qui, faute à la photographie, faute à l’éthique misérabiliste ? n’avaient jamais prises vie. Indéniablement le directeur de la photographie participe de cette mise en mouvement, où la texture soufrée de l’image, les couleurs contrastées, la violence des ombres et des lumières, – autant de signes d’une esthétique contemporaine du clip vidéo- sont ici mises au service d’une mégalopole unique, allant jusqu’à nous faire sentir ses odeurs. On pourra remettre en cause le rythme des plans et l’insistance maladroite des décadrages. Surcharge inutile diront les uns, les autres encenseront un style baroque adéquat à cette réalité urbaine d’une nouvelle nature. D’autres pourront noter que la scène initiale est une citation d’un nouveau genre cinématographique initié par Cidade de deus, le film-mégalopole justement, ils iront enfin jusqu’à critiquer la facilité de l’artifice scénaristique. Pourtant le spectateur n’en demeure pas moins saisi par une sensation de choc irrépressible. Celle d’une violence sociale mise à nue par une camé-rat, traversant les taudis, faisant halte le soir dans un wagon, la journée dans une chiotte ; les rues devenant des conduits, le fleuve une piste d’aéroport. A Mumbay, la race humaine grouille, empeste, sue, s’entasse et se délasse, entre deux ratonnades. Le film pourrait s’arrêter là, et ne pas voir les enfants grandir, qu’il aurait atteint son pari.
Mais l’enfance n’est qu’un substrat laissant le soin aux adolescents de faire leur choix. La fraternité de sang et de cœur qui soude dans et par la pauvreté les deux frères Jamal et Selim et Dalika l’orpheline doit être mise à l’épreuve. Dalika sera -momentanément- séparée de leur route. Shakespeare officie ici, non plus entre murailles et machicoulis, mais entre wagon de troisième classe et cloaque. Et si par la suite Roméo-Jamal et Juliette-Dalika semblent un peu mièvre, ce n’est pas tant la faute à l’amour que celle de Selim, si beau, choisissant d’emprunter le chemin de la Mystique des gangsters. Il est l’âme sombre du film, il est ce Frère protecteur, sacrifiant son destin de Parrain dans un bain de balles et de billets de banque; il est cette Inde généreuse et violente, l’âme des favellas, ce monde fascinant et tant honni qui nous encercle. Il est l’intérêt de ce film moderne, ni bon ni mauvais.

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