Papantla, Veracruz

27 janvier 2009 § Poster un commentaire

« Tu verras », me disait-elle, « ça te prendra aux tripes. Le site est incroyable, il dégage une énergie unique ». Elle parlait du Ta’jin, de cette apostrophe qui force le silence dans le mot, d’une respiration de déférence envers le dieu Tonnerre, ainsi traduit du Totonaque. Ma très chère Chloé adore le Ta’jin, le site, et surtout la pyramide dans le fond avec ses petites colonnades. Avec Lola et Rémy, on l’aime bien aussi cette respiration et cette pyramide, mais je crois que chacun d’entre nous vouait un culte secret à celle qui nous invitait à connaître les trésors de cette partie centrale de l’Etat de Veracruz. Le trésor n’était pas sous le sol, d’or noir puant comme à Poza Rica, ni même dans l’orchidée reine qui parfumait le monde au début du siècle dernier, la vanille. Le trésor brillait dans le regard des amis de Chloé, un mélange d’admiration, de respect et de déconnade. Voilà ce qu’inspirait cette femme venue de la Grande Ville s’installer depuis maintenant trois ans dans un joli bourg au riche passé tombant dans l’oubli, le bourg de Papantla. Là s’exténuait une culture ancienne, très ancienne, préhispanique, la culture Totonaque déjà réduite au silence au temps des Aztèques. Pourtant, des hommes et des femmes, des anciens, continuait de parler leur langue malgré le mépris post-colonial mexicain.

Chloé est l’héroïne des temps modernes, celle qui avant de donner leçon écoute attentivement, patiemment, ce que disent les autochtones. Héroïne discrète pour sûre, je l’imagine élégante au coeur du bourg avec ses foulards de la ville, sa ceinture maya et ses fameuses crocs (un type de sandales en plastique très prisé parce que super confortable), une coccinelle arrimée sur l’une d’entre elles. S’il est d’anciens amants de la vanille qui se lamentent, elle les secoue. S’il est des hommes et surtout des femmes de courage qui s’animent pour la défense de leur culture, elle les entraîne dans l’aventure que représente le parc Tata. Ici, dans ce qui semble un laboratoire artificiel se propage des savoirs enfouis dans les mains des cuisinières ou dans le regard scrutateur du semeur de graines de coton. Comment les exprimer, les révéler ces savoirs, comment les transmettre? A quelle fin?

Mon expérience du Mexique me faisait sourciller. Je ne pouvais croire d’emblée à l’engagement sincère de ces hommes et de ces femmes. « Mauvaise vibration, toi » me disait Chloé calmement. J’avais raison et j’avais tort, plus tort que raison bien sûr car dans la fange politique représentée par l’édile politique de Papantla (surnommé le « Mage » pour le talent de faire surgir des voix de sous la manche), une douce odeur, à la fois tenace et pudique s’affirmait dans et surtout autour du parc. Celle que finit par respirer Raquel que je rencontrais au dernier jour. « Vous savez, pendant longtemps on a méprisé les indigènes, les totonaques. Moi je ne parle pas le Totonaque, mais je veux que mes fils l’apprennent, que cela soit un orgueil et non une honte. Je voudrais qu’ils connaissent les richesses de cette terre ».

La terre, j’en discutais avec le Vieux Sage Tata, chef suprême du conseil des Totonaques. Me menant en bateau au début de la conversation, « la terre bombardée, la terre accaparée, surexploitée ou sous exploitée… », je finis par me taire. Surgirent des questions sur mes origines. Je parlais de mes deux terres préférés, la bretonne et la marseillaise, avec trop d’élocution pour paraître un homme qui en vit. Je ne sais ce qu’il a compris de la lumière des oliviers en été ou du ciel breton illuminé de gris, mais pour sûr j’ai aimé notre coude à coude amical.

Fuerza Chloé.

En attendant le montage des images de cette déambulation, ma cumbia préférée:

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement Papantla, Veracruz à Mexico mon coco.

Méta

%d blogueurs aiment cette page :