New York-Milpa Alta

18 octobre 2008 § Poster un commentaire

Je suis parti à New York alors que mes derniers jours au Mexique furent parmi les plus swing. La rencontre avec mon nouvel ami Jaime, joueur de contrebasse, compagnon d’une marxiste italienne orthodoxe, résident nonchalant d’un magnifique vieil appartement à terrasse du centre de la ville m’a rendu les choses plus agréables. Il suffisait de les mettre en musique! Voilà donc que je rejoue du saxophone, en sa compagnie et avec celle de Caroline, de Luigi, de Sabrina (la Melenotte), une joyeuse bande avec qui je suis allé me faire un hamam local, le Temazcal, dans l’une des rares contrées rurales de la ville. A Milpa Alta, ça sent la bouse, le crottin, le champ de maïs et les pots d’échappement des vieilles coccinelles. Le Temazcal c’est un igloo de pierres chauffées où l’eau s’évaporent, s’évaporent des pierres comme des peaux. J’y ai laissé tombé quelques milliers de gouttes de sueur.

C’est donc les pores purifiés que je me rendis dans la capitale de la crise financière. Je ne sais pas si les new-yorkais s’en rendent vraiment compte de la crise. Disons que ça prend du temps de sortir d’une bulle de champagne. Tout le monde s’est rêvé propriétaire, d’une maison avec jardin, d’un chihuahua et de sa niche, d’un 4×4 bio. Le dégrisement est en cours, imperceptible dans le sourire des serveurs- cuisiniers-nettoyeurs mexicains; invisible dans l’élégante garde robe des femmes affairées.

Pour mes amis Hatnim, Max, pour Megan sa compagne, pour les colloc’ d’Hatnim, c’est d’abord un plaisir d’accueillir un gars qui n’a jamais mis les pieds à New York et aux Etats-Unis. Plaisir de m’emmener manger un hamburger, « un vrai », dans un Dinner branché de Brooklyn à deux pas de la rivière Hudson et de ses entrepôts reconvertis façon Docks de la Joliette, Marseille, France. C’est dans ce dinner que j’ai flashé sur les tatouages de Dam, imprimeur de profession, corréen adopté par une famille blanche américaine. Pour Hatnim, Lauren et Rob, ce fut une franche déconnade de me transporter sur le vaisseau Times Square pour le premier Donut de la journée, 4 A.M, chaudement servi par des mains d’immigrés égyptiens. Mais aussi une épreuve (Merci Hatnim) de m’accompagner au Zoo du Bronx voir des baboins si lascifs qu’Hatnim se demandait si on ne leur avait pas injecter des tranquilisants ce matin-là.

Pour moi, c’est aussi le plaisir de retrouver mes amis français, mon Stéphane et sa compagne Paola, si stéphanesque et chantante, et Pascal, désormais le gars de l’U Pen, Philli.

Avec eux, avec les rires de Stéph, avec l’iphone et les délires de Pascal, avec les fredonnements de Paola, j’ai pris plaisir à déambuler dans Manhattan, non plus en faisant gaffe au trottoir mais en tentant de garder ma tête droite, inévitablement attirée par la hauteur des grattes-ciels.

Car New York, c’est d’abord ce choc, comme tant d’autres l’ont eu, de découvrir Manhattan des vitres d’une voiture traversant un pont. Je ne sais pas vraiment à quoi tient mon « Waaouuu », peut-être à cette sensation de découvrir l’accomplissement d’un monde, la réalisation parfaite d’une certaine idée de l’urbanité. Mais finalement je crois que le charme de New York tient en une proposition simple: un gigantisme à portée des yeux. Le choc tient à une lutte topographique, à l’écrasante victoire des grattes-ciels contre la planitude et la longévité d’une île (pas si petite, mais pas si grande). Ce n’est pas comme Marseille une affaire de lumière, comme Mexico la Ville une affaire de dispersement de couleurs, d’odeurs et de bruits mais une ambition architecturale réussie et concentrée en un point, l’île de Manhattan. Plus qu’aucune autre ville, New York vit, se nourrit de son centre névralgique. La carte du métro est révélatrice; c’est comme si l’île de la Cité à Paris en concentrant toutes les lignes, rythmait le pouls des parisiens. New York n’est rien sans Manhattan.

Je ne peux résister à l’idée que le charme de cette ville tient d’un procédé, d’une mise en scène efficace et spectaculaire, qu’en somme ses ingénieurs-architectes ont été formés à l’école de Broadway.

Bien entendu, il est injuste de réduire cette ville à des sophistications puériles, encore qu’elles m’apparaissent bien réelles. Au sein de ce décorum, s’agitent des consciences étonnantes de diversité, se réfugiant dans un microcosme de blocks ou de rue, comme ces juifs hassidiques de Flushing Avenue, Brooklyn mais qui doivent probablement partager des aspirations communes qui font qu’aucune crise ne peut profondément les affecter. C’est Lauren, colloc’d’Hatnim, charmante photographe de 26 ans qui m’avouait combien le rythme effréné de la ville et la compétition entre ses habitants la poussait littéralement à dépasser ses atermoiements. Atermoiements que je lisais dans le visage tâcheté de rousseur de Megan, si seule dans cette « pre-dinner party » entre les lasagnes à l’aubergine, les petits fours, les vins français et italiens et les discussions de comptoir des créateurs de mode, de sac et de web site. C’est là que j’ai rencontré la suffisance new-yorkaise, valable dans toutes les capitales du monde, mais ici déclinée en chevelures blondes et brunes, en langues latines et anglo-saxones, en élégances brouillonnes étudiées. J’ai aimé Unnür, l’icelandaise de Los Angeles dessinant des sacs en peaux de poisson, et surtout le bleu de ses yeux. J’ai aimé Léa, la petite parisienne qui allait se marier dans une semaine avec un beau et grand blond, et surtout ses yeux couleur noisette. J’ai aimé ma voisine en robe léopard, la cagolle de New York, éduquée et détestant les écoles publiques, et surtout ses potins glissés à mes oreilles. Je n’ai pas forcément aimé les autres.

I love New York. And Milpa Alta.

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