Archives par catégories Carnet de déambulation

Le festival d’Avignon a commencé dans une île des caraïbes, dans une ville des caraïbes, Santiago de Cuba. On y compose chaque jour une pièce “Globale”. La troupe est composite, plutôt jeune; un vieillard la dirige: King Castro. Depuis un petit moment, les comédiens semblent prendre le large, ils veulent recomposer une pièce maintes fois présentée, celle de deux touristes étrangers en recherche de nouvelles saveurs, saturés par leur société aseptisée. Les deux héros perdus déambulent dans les ruines d’une colonie espagnole et française. Les colonnades des maisons s’effritent, sur leurs frontons la peinture s’évanouit, et derrière les perrons, après avoir enjambé des chiens crasseux et faméliques, des écrans de télévision chinois bruitent des programmes éducatifs ou les chants de Reggaeton. Reggaeton, c’est la Nouvelle Star, un jeune homme aux dents brillantes, à la coiffe siglé “New York Giants”. Il est entouré de jolies jeunes femmes agitant fesses, bassins et omoplates pour le plus grand bonheur de sa bite. Reggaeton a des rejetons nombreux, la plupart des jeunes comédiens de la troupe qui entourent nos deux touristes. Leur bite, leur fric, leur peau constituent des promesses d’avenir.

Arnaud et moi sommes revenus de Cuba légèrement exténués, comme ma caméra vidéo. Lui est reparti en France, moi au Mexique et ma caméra est au garage. Si le retour au pays de la chingada (enculade) m’est apparu tranquille, c’est je crois parce qu’il fait un climat tempéré dans la capitale. Mon corps se détend et mes réflexions désagréables sur les mexicains s’évanouissent dans l’indifférence.

Je rêve de beautés théâtrales, d’entrechoquements de corps et de voix. Toutes choses que je n’ai vu depuis si longtemps, ni au Royaume du Roi Castro ni au pays de la Chingada. Ah si, avant-hier, un spectacle de danseurs et chorégraphes de Montréal m’a enchanté. Deux couples à la dérive urbaine, entre klaxons et musique de chambre, se sont tendus, détendus, enlacés et séparés, sans fioritures, dans un vieux théâtre (Legaria) appartenant à la sécu mexicaine. Une bouffée d’air.

Le syndicalisme mexicain a mauvaise presse. Et pour cause, fondé en grande partie sur les élans révolutionnaires des années 10-20 du siècle dernier, il s’est très tôt connecté à l’appareil du PRI, lui offrant votes, allégeances et figures politiques. Le syndicalisme mexicain est amateur de slogans ouvriéristes, d’odes à la gloire du paysan et de bonnes bouffes dans de belles villas. Tout le monde, à tous les niveaux, y a trouvé son compte. Pour moi, le Mexique était et demeure sur bien des points l’URSS du continent américain.

Mon voisin libraire est devenu conservateur à cause des syndicats: c’est eux qui gèrent le recrutement (familial ou après une petite vente aux enchères), en grande partie la carrière et d’une certaine façon ils déterminent le niveau de productivité. Très faible. Au fond, ça pourrait me convenir quand il ne s’agit pas de pratiques individualistes et grégaires généralisées. “L’individualisme socialiste”, je crois, on en a jamais trop parlé.

J’aime bien mon libraire réac’ avec ses lunettes grises comme j’aime bien Evaristo et sa moustache grisonante. Nous étions un peu seuls sur le Zocalo à voir défiler les cortèges syndicaux. Beaucoup de discours à la tribune, “beaucoup de vents, de syndicats encore affiliés au PRI, de leaders surenrichis” me dit-il portant fièrement la flamme rouge et noir du SITUAM, le syndicat de notre université. Il faut dire, l’identité syndicale est parfois bien supérieure à l’identité d’entreprise. Il y a les électriciens du Esmé(SME), les tranviarios (Tramway-bus, metro), les telefonistas mais pas les facteurs. Non, le syndicat de la Poste brille par son absence.

Malgré la tonalité critique des discours de mon entourage, je garde à l’esprit les formidables capacités d’organisation collective de ces différentes corpos (des électriciens aux vendeurs de rue). Je ne résiste pas à l’idée que la manif’ des mexicains aux Etats-Unis doit une partie de son succès à ce 6ème sens, né du “socialisme d’Etat mexicain”.

Ces images ont été prises entre 9h et 12h30 le jeudi 1er mai 2008.

Dimanche pluvieux sur la Ciudad de México après une semaine de grosse chaleur (plus de 30°c). Mon amérique et moi avions des plans pour sortir de la ville, ce sera pour un autre week-end. Kelly, car c’est comme ça qu’elle s’appelle mon amérique, et moi décidons de voguer dans la ville. Un petit tour au Zocalo en Métro, une expo de Francisco Toledo a la Casa de Cultura de España, la manif’ de Lopez Obrador puis une brève escapade pour voir les mariachis en goguette sur la Plaza Garibaldi. Leurs instruments proprement rangés dans leurs étuis, leurs coiffes refaites à neuf, ils digèrent ensemble leurs exploits de la veille, au rythme d’amicales palabres. Quelques clodos avachis, les jambes à leur cou, laissent exhaler le parfum des coronas et tequilas trop vite avalés: ils ont perdu le “Control” (beau film, bel acteur, belle musique) et nous le ciel bleu et orange de México, aujourd’hui transformée en Manchester.

Nous prenons un autre pesero pour “La Villa”, la fameuse basilique de la reine incontestée du pays, la Vierge, celle de Guadalupe. Nous ne le savions pas mais aujourd’hui on enterre le cardinal. Du coup, à cause de la manif’ des “gauchos” sur le Zocalo, de chastes tractations se sont déroulées pour éviter le son des cloches au moment des discours anti-privatisation (12h). “Oil zana” au plus haut des cieux!

Un mot encore, la basilique est une tortue (merci les enfants!):

Un vieux bonhomme à moustache noire s’assoit à côté de moi sur un banc public. Son T-Shirt orange se repose sur les plis de sa panse ronde. « Je connais bien le ciné. Je suis décorateur-menuisier pour Televisa », puis il commente : « ils sont bien jeunes sur ce tournage ». Effectivement, en pleine procession du Jeudi Saint nous assistons au premier long métrage de fiction d’un réalisateur de documentaire, Alejandro Gerber. Il n’a pas 30 ans me dit l’assistant maquillage, avec sa sacoche de facteur truffée de poudres, pinceaux, fils, aiguilles, - manquent les préservatifs lui dis-je. Sur un autre banc s’embrasse un couple d’ados, baskets et T-shirt à la mode. Le baiser est langoureux, avec de jolis croisés de bras et de mains. La caméra les épie. Devant eux se trouve Damian avec son réflecteur solaire. Damian veut être mon assistant photo sur notre docu. Il a un beau chapeau et une belle moustache. Il nous sermonne du regard moi et mon vieux comparse. La caravane sainte passe, silencieuse, et les bancs d’Iztapalapa sont bénis des artisans charpentiers et des amoureux. Du cinéma.

Iglesia

Dimanche, 9h, mon réveil n’a pas sonné, je n’irai pas voir mourir les Mariposas, ces papillons du Canada qui migrent chaque année dans le Michoacan pour y déposer leur dernier souffle. Des millions. Il paraît que c’est magnifique.

Peine perdue, je vais au Terminal des bus, direction le sud. Brigitte m’a dit “Va à Tepoztlan”. J’y vais.

C’est ma promenade du Dimanche, comme pour nombre d’habitants du DF. Sortant du bus vers 15h, je marche avec les badauds le long de la rue principale, champs élysées de l’artisanat globalisé. Au bout, c’est la montée vers la pyramide.

1h après crachats de tabac, chemise trempée et mollets en flamme, j’accède au sommet. Cette ballade du dimanche à laquelle s’adonnent familles et amoureux est une épreuve olympique! Et jamais, ô grand Jamais, je n’ai entendu de plaintes ou d’agacements liés à l’épuisement. Benoîtement, femmes, enfants, personnes âgées et jeunes hommes frêles, tous en habits du dimanche, franchissent les 100 ou 200 m de dénivellation à 25% (la meilleure comparaison serait un escalier marseillais très étroit et pentu, comme on en trouve au Panier, bien défoncé, permettant d’accéder à un appart’ sympa au bout du 100ème étage).

Au sommet, je fais la rencontre des gars de l’INAH (Institut National d’Histoire et d’Anthropologie). Là, plutôt que de chercher à comprendre l’histoire ou l’archéologie du site, j’achète deux bouteilles d’eau (20 pesos, pas si cher à cette altitude). Je commence à déconner sur le mariage (les mexicains suivent de loin les frasques de Sarko) en altitude, sur une pyramide. L’amour, le sexe et la glace se brise (sans jeu d’images). ça finira en Traité de déconnade franco-mexicain de Tepoztlan.

Au sommet de la pyramide, je rencontre la petite Yucari, sa mère Antonia, Ingrid qui doit passer son bac et sa mère Izabel. Ingrid veut devenir prof en maternelle (maestra de kinder). Elle suit des cours d’administration publique, elle raconte ses visites en usine, une usine de conditionnement de fruits et légumes. Beaucoup de femmes y travaillent. “Moi, je veux pas, j’aime pas ce travail…” nous dit-elle. Antonia et Izabel sont fières du parcours scolaire d’Ingrid.

“Et maintenant nous allons faire une “concentration”. Je vais dire quelques mots, vous allez répéter après moi.”

Izabel m’invite à m’asseoir en cercle, à croiser mes doigts, à fermer les yeux, pour rejeter les mauvaises énergies d’abord, puis pour attirer les bonnes. Ses paroles sont simples et belles, invitant les membres du groupe à se préoccuper de ce qui les entoure, proches et inconnus, nature et animaux. Elles sont improvisées, me dit-elle.

A l’heure des voeux, j’ai souhaité à Ingrid une belle carrière universitaire (en socio, bien sûr).

Les images précédentes ont été tournées mercredi. Jeudi matin, au Café de Carlos - mon repère-, j’aide un américain à brancher sa batterie d’ordinateur portable. Il est photographe, il vient de Detroit, il adore Marseille, alors il se lie à moi. Et puis, voilà qu’il me montre les photos qu’il vient juste de prendre, de Tlatelolco! Je lui montre mes images vidéo et me voilà embarquer dans une nouvelle histoire: “rendez-vous demain ici, on ira ensemble dans le quartier avec un des habitants les plus notoires”.

Mark Powell est un photographe de très grand talent, naviguant entre le photoreportage et une certaine capacité à fictionaliser l’image. Hier, j’ai pu voir comment nos deux métiers se rapprochaient, affaire d’empathie, et comment aussi ils s’en distinguaient, affaire de durée. A suivre.

Sur le site flickr, la photo du vieux de dos a été prise lors de cette séance. Il a gardé le meilleur pour son expo de New York, un bassiste heavy-metal, administrateur d’immeuble, avec caniche et rideau en style peau de vache. Mark était aux anges.

Sites internet de Mark:

http://www.flickr.com/photos/locaburg

http://book.markalor.com/

Ce quartier est une anomalie dans la Ville et dans le même temps une de ces nombreuses expériences architecturales qu’a connu le Mexique du temps de sa splendeur pétrolière (les années 60). Il ressemble de près au style Le Corbusier, mais de très près plane l’ombre du style Aztèque (on y trouve encore des ruines, plus ou moins arrangées). Je ne sais pas vraiment ce que veut dire ce style. ça, je le demanderai au père Dante de retour de son pèlerinage familial à Guadalajara.Peu importe, je me retrouve comme Josef et Annie Albers, deux artistes-pédagogues allemands, du Bauhaus, ayant finalement atterris au Mexique pour y rencontrer ces fascinantes lignes géométriques et colorées. “Abstract art!” se sont-ils exclamés en visitant qui les textures et rayures des costumes populaires pour Annie, qui les alignements de pierre des pyramides pour Josef. En déambulant, je ressens dans la dureté du béton la puissance et l’ensevelissement d’une culture pas si lointaine. Je parle de celle des années 60. Elle semble en effet enseveli dans ce fatras architectural. Et c’est tant mieux dans la mesure où l’appréhension de l’espace architectural peut (doit?) se nourrir de chocs et de surprises.

Tlatelolco est aussi connu pour avoir été le principale théâtre des répressions étudiantes de l’année 1968. Aujourd’hui, du haut des édifices, on tourne des spots publicitaires. Vous comprenez, marier ruines antiques et grandes bâtisses, ça en jette.

J’ai longtemps pensé que la terre des paysages immenses était la terre “gringa”, celle des amerloques. J’avais tort. Ou pas complètement. Le sentiment d’immensité de Ciudad de México, que personne ne peut éviter, ne se nourrit pas d’espaces vides ou bien taillés. Il ne se nourrit pas de panorama, d’une bonne vieille colline où se juche la vierge Marie, même si cette colline ou ce volcan peut exister. L’immensité de Ciudad de México, c’est dans les pieds et dans les poumons. Je me souviens de mes premiers jours à Paris, dans Paris. C’était grand, je marchais de Boulevard en Boulevard. Pour voir. Mais ici, on ne peut pas voir, on ne peut pas flâner. La Ville (la Ciudad) ne l’autorise pas. Elle nous rappelle qu’on n’est pas là pour glander, à moins justement de ne pas marcher, de s’arrêter. Le banc serait son point limite. Dans la ville, on travaille, on commerce, on trafique, on étudie, on drague, on se bouscule.

Et puis surtout il y a ces foutus trottoirs, défoncés par les racines des arbres, les roues des bus, véritables pièges à pied, qui m’obligent à me regarder marcher. ça tombe bien car les tentes des vendeurs ambulants sont bien basses pour le déambulant que je suis. Vendeurs ambulants, c’est un traître mot car ils ne bougent pas de leur coin de rue, accueillant celles et ceux qui gravitent dans la ville, passagèrement. Ils donnent une respiration à la Ciudad, une respiration de coriandre parfumé au poulet frit, un bref instant de pause dans ma marche interminable. J’ai déjà mes “ambulants” préférés, ceux de l’hôpital “général” sont les plus beaux, très proches des tentes des camarades de la fête de l’Huma, où l’on s’assoit autour d’une longue table bâchée, essouflé par l’attente aux innombrables guichets du principal centre de soin des habitants du DF.

Une fois avalé le café express, une fois lu les colonnes des principaux journaux épinglés sur plusieurs cordes à linge, je pénètre l’antre du métro.

Dans l’antre du métro règne une chaleur de forge, celle des wagons Alsthom, ceux-là même qui circulent encore dans certaines lignes parisiennes. Le wagon de tête, cube orange très légèrement vitré, m’impressionne toujours. Il défile dans la station à vive allure, brassant bienheureusement l’air des profondeurs. La sensation d’immensité de Ciudad de México se nourrit maintenant de ses entrailles de béton où je me fond dans le flot au rythme des escalators double, voire trible. Le temps entre chaque station est celui qui existe entre Gare de Lyon et Châtelet, sur la ligne automatisée M14. ça donne une idée des distances entre chaque station. Les escalators donnent également une idée des pelleteuses excavatrices qu’il fallut utiliser pour creuser ces cathédrales souterraines.

Immense. Et pourtant elle ne s’en prévaut jamais. Il n’existe pas de T-Shirt “The biggest city in the world”. Pourquoi? Peut-être à cause de la petite taille des maisons et des immeubles. Ciudad de México n’est pas une ville moderne. Celle des grattes-ciels, des tours ou des barres. Le Mexicain de la Ville aime avoir sa maison, voire un grand appart dans un petit immeuble. L’espace offert par la vallée de México le permet, quitte à faire deux heures de transport en moyenne par jour. Une urbanité de villageois obligés de traîner de carrioles de fer en carrioles de fer (les “peseros”, 2,5$ en moy par trajet).

Au bout de ces parcours, une saine fatigue de marcheur empollué, et une petite chambre ensoleillée, et un lit recouvert de vieilles couvertures de laine indienne.

Bonne nuit mes petits!

Puisqu’il y a encore peu de temps j’ai fait un petit commentaire d’une grande ethnographe-chauffeur de bus, je le reproduis ici. Pour le reste, les images parlent d’elles-mêmes.Je signale aux passagers de ce blog que les images proviennent d’un Samsung U-700 (voir 2ème billet), et les vidéo d’un Sony-PC9, sauf la 1ère vidéo, celle de mon groupe préféré du moment (Beirut). Vous pouvez ainsi remarquer que je n’ai pu échapper à YouTube. Vaut mieux savoir par qui on se fait entuber, n’est-ce pas?(Besos a Ana ainsi qu’à Matthieu et Itzel)

Cette évolution serait-elle le moyen d’une redéfinition de la condition populaire et de ses aspirations ? le procès de travail ancien ne fonctionnait-il pas avec une intelligence populaire proche de celle des mafieux de Scorcese : une espèce de contre-culture avec des règles précises et tacites, des hiérarchies, mais une grande autonomie dans le fonctionnement, un mode de vie où se mêlent religion et transgression (dont Scorcese sait montrer le lien qui les unit profondément), où l’argent doit être rapidement gagné et rapidement dépensé?

 

Ana pénètre dans un univers qui vient de vivre une transition assez forte. La question du vol était et demeure centrale. Comme elle le souligne, le vol était chose courante et profitable à tous, en somme un moyen assez singulier de régulation de l’activité (pour tous les acteurs, du passager aux propriétaires). Pour passer à l’autre système, Ana évoque la notion de conversion. La connotation religieuse est directement visible chez certains chauffeurs. Une conversion morale, une conversion comportementale pour certains chauffeurs ; une conversion obligatoire pour les propriétaires (cf. le jeu des acteurs institutionnels).
Alors pourquoi peu de conflits ?
Départ des anciens, lassitude…Conversion. Recrutement et formation d’un nouveau profil ?

 

Oui, tout cela joue mais il me semble que comme chez les mafiosos, ce sont les chefs qui décident des nouvelles règles du jeu. Les chauffeurs n’ont aucune latitude, aucun espace de négociation. Comme les petits dealers, c’est une m-o assez captive mais sous des modes très différents. Comme eux ils gèrent une clientèle, dans un périmètre défini (que leur accordent les chefs) ; comme eux, ils prennent des risques, sont soumis à la sanction du chef ou de la police ou des clients. A leur différence, et c’est très important pour des membres des classes populaires, ils acquièrent une honorabilité (un statut social) auprès de leur clientèle.

 

Dès lors, on s’interroge sur les raisons de rester (je pense que cela tient en partie au travail, ceux qui adorent les machines et la vitesse « purro fierro », ceux qui adorent leurs passagers…). Je crois que c’est un métier qui nécessite des compétences que tout le monde ne peut pas avoir (d’où l’intérêt de l’étude ethnographique), les chauffeurs le savent bien.