Homero

6 août 2009

Ce billet, je ne suis pas arrivé à l’écrire. Il vient d’un endroit trop chargé d’émotions, un endroit pétri par la chaleur, moite et malicieuse, des dominés de la terre, d’une terre chaude et humide qui donne accès au ventre de l’Amérique. Cette Amérique qui voit resurgir ses vieux démons, en Honduras, terre où l’on se dispute l’Etat comme des charognes, entre propriétaires terriens rancuniers. Micheletti-Zelaya, même engeance putride. Ce billet, je ne peux l’écrire comme il se doit, entre l’épopée et la nouvelle, entre les raisins de la colère et la plaine en flammes. Entre Steinbeck et Rulfo. Car c’est ainsi que devrait s’écrire le monde rural de l’isthme de Oaxaca, auquel il faudrait ajouter une touche de Macondo, cent ans de solitude et de fête costumé. Avec mes compagnes de recherche, Delphine et Aurélia, j’ai parcouru des terres vertes, arrosées de soleil, bruissantes de tonnerre, certaines plus sèches et plus silencieuses que d’autres. Je venais en porteur d’eau et d’images, soutenir la marche d’une enquête internationale, entre Asie et Amérique, traitant des impacts des migrations sur les activités économiques des foyers paysans. Le monde rural, je ne le connaissais pas et ce n’est pas mes expériences de footeux de campagne qui allaient m’aider à comprendre cette terre, bien que les rasades dominicales de vin blanc avalées après match m’aient forgé un foie résistant à l’accumulation des coronitas des fêtes juchitecas.

Ce que je connaissais du monde paysan provenait du regard de Raymond Depardon (de Pierre Bourdieu aussi et ses ethnographies kabyle et béarnaise). Les deux auscultaient la fin d’un monde. Des paysans à la retraite, le regard vide ou vidé, habitaient l’écran du photographe-cinéaste, peuplaient de leurs armoires immémoriales nos imaginaires d’enfants des villes. Se dévoilait sur la toile du cinéma d’art et d’essai, la vaisselle jauni du campagnard, et son champ qui n’était pas tout à fait encore un champ de loisirs et de repos pour citadins congestionnés. La nostalgie impregnait inévitablement les esprits. Le bal et ses célibataires enchaînaient encore de vieilles valses.

Avec mes aventurières du questionnaire, sandales, moustiquaires et robes légères, nous avons composé le plus improbable des trios. Au Village pas si Vanguard, celui de San Juan Guichicovi ou de Zanatepec, le maître de cérémonie aurait annoncé:

“à la trompette, manipulant les cartes, les strates et les maths, girafe de l’anthropologie paysanne, 25 années à l’horizon, la poitevine DELPHINE!

à la harpe, fille d’apôtre défroqué, mémoire du Juchitan du siècle passé, visage d’Ange bressonien,  34 ans, la parisina AURELIA!

et aux marimbas, saltimbanque fortuné de la sociologie, 33 ans, marseillais d’adoption, de son surnom mexicain, TANGUITA

Pour sûr nous n’étions pas assez nombreux pour composer l’harmonie des orchestres locaux, pour faire Son, qu’il soit de l’isthme ou de Veracruz. Nous n’étions pas davantage Jarrett, de Johnette et Motian, assis sur un même nuage, à déverser des solos étherés, mais je suis sûr que vous auriez adoré l’inamovible rugosité du cuivre et du cuir de Delphine, les suaves arpèges des argumentaires d’Aurélia et ma nonchalance souriante et parfois bougonne en accompagnement. Ce qui unissait le trio, une passion commune pour l’enquête, et pour l’exploration de nos frères et soeurs d’une condition autre. D’une condition rurale. Je parle de nos frères et soeurs à dessein car ce voyage me rendit aimable les curés de campagne.

Ni Steinbeck ni Rulfo (ni Bernanos), je me contenterai de vous présenter mon carnet de déambulation rurale. Proximamente.

Iztaccihuatl

2 juin 2009

Le volcan Iztaccihuatl est aujourd’hui endormi, laissant son voisin et compagnon Popocatepetl cracher son souffre régulièrement. Il y a peu, c’est lui qui fit trembler la terre où je me trouve. Quant à elle, princesse endormie, “femme blanche” en langue Nahuatl, elle semble ne plus attendre son prince, indifférente au pas des marcheurs qui tentent son ascension. Pourtant, la conquête de cette dame est loin d’être aisé, une sacré paire de manche (de piolet) même, quelques 12 heures de marche pour venir lui chatouiller le nez.

Pour faire un bon marcheur, il faut bien sûr de bons guides (les maestros Israel, Alfredo et Eric), une troupe de joyeux drilles (Boris, Bruno, Jean-Paul, Jorge, Mina et Philippe), et une once d’érotisme d’altitude. On peut penser à la chaleur humaine des refuges, aux frottements des corps recroquevillés sous le duvet, mais c’est bien plutôt le profil de ma princesse endormie qui réveilla en moi d’inespérées sources d’énergie. L’ascension se fit des pieds à la tête, marquée par la montée du genou, l’accès au bas ventre -si tendre et reposant- et la montée raide du sein, avant le baiser final. Je ne sais comment décrire ici la sensation qui me vint quand je caressai son téton, cette sensation enfantine et toujours un peu lubrique de sentir sous la fine couche de neige, cette chair ferme et voluptueuse qui me fit oublier l’altitude, et l’ascension finale, et l’objectif de s’écrouler de bonheur et de fatigue sur son visage à 5200m.

Le reste, la descente, ce fut tout simplement l’enfer, l’enfer des muscles endurcis, des doigts de pied écrasés, d’un esprit vaporeux mais encore lucide qui tenta de faire fonctionner la machine. Mais ce fut plutôt l’inverse qui se produisit, la machine transmit l’assurance de ses mécanismes encore huilés à mon cerveau, calmant ainsi mes accès de colère et de souffrance. Comme toujours, j’oublie l’essentiel, le souffle du montagnard, ce râle qui enveloppe et rythme les corps des amoureux enlacés, le mien et celui d’Izta.

Papantla, Veracruz

27 janvier 2009

“Tu verras”, me disait-elle, “ça te prendra aux tripes. Le site est incroyable, il dégage une énergie unique”. Elle parlait du Ta’jin, de cette apostrophe qui force le silence dans le mot, d’une respiration de déférence envers le dieu Tonnerre, ainsi traduit du Totonaque. Ma très chère Chloé adore le Ta’jin, le site, et surtout la pyramide dans le fond avec ses petites colonnades. Avec Lola et Rémy, on l’aime bien aussi cette respiration et cette pyramide, mais je crois que chacun d’entre nous vouait un culte secret à celle qui nous invitait à connaître les trésors de cette partie centrale de l’Etat de Veracruz. Le trésor n’était pas sous le sol, d’or noir puant comme à Poza Rica, ni même dans l’orchidée reine qui parfumait le monde au début du siècle dernier, la vanille. Le trésor brillait dans le regard des amis de Chloé, un mélange d’admiration, de respect et de déconnade. Voilà ce qu’inspirait cette femme venue de la Grande Ville s’installer depuis maintenant trois ans dans un joli bourg au riche passé tombant dans l’oubli, le bourg de Papantla. Là s’exténuait une culture ancienne, très ancienne, préhispanique, la culture Totonaque déjà réduite au silence au temps des Aztèques. Pourtant, des hommes et des femmes, des anciens, continuait de parler leur langue malgré le mépris post-colonial mexicain.

Chloé est l’héroïne des temps modernes, celle qui avant de donner leçon écoute attentivement, patiemment, ce que disent les autochtones. Héroïne discrète pour sûre, je l’imagine élégante au coeur du bourg avec ses foulards de la ville, sa ceinture maya et ses fameuses crocs (un type de sandales en plastique très prisé parce que super confortable), une coccinelle arrimée sur l’une d’entre elles. S’il est d’anciens amants de la vanille qui se lamentent, elle les secoue. S’il est des hommes et surtout des femmes de courage qui s’animent pour la défense de leur culture, elle les entraîne dans l’aventure que représente le parc Tata. Ici, dans ce qui semble un laboratoire artificiel se propage des savoirs enfouis dans les mains des cuisinières ou dans le regard scrutateur du semeur de graines de coton. Comment les exprimer, les révéler ces savoirs, comment les transmettre? A quelle fin?

Mon expérience du Mexique me faisait sourciller. Je ne pouvais croire d’emblée à l’engagement sincère de ces hommes et de ces femmes. “Mauvaise vibration, toi” me disait Chloé calmement. J’avais raison et j’avais tort, plus tort que raison bien sûr car dans la fange politique représentée par l’édile politique de Papantla (surnommé le “Mage” pour le talent de faire surgir des voix de sous la manche), une douce odeur, à la fois tenace et pudique s’affirmait dans et surtout autour du parc. Celle que finit par respirer Raquel que je rencontrais au dernier jour. “Vous savez, pendant longtemps on a méprisé les indigènes, les totonaques. Moi je ne parle pas le Totonaque, mais je veux que mes fils l’apprennent, que cela soit un orgueil et non une honte. Je voudrais qu’ils connaissent les richesses de cette terre”.

La terre, j’en discutais avec le Vieux Sage Tata, chef suprême du conseil des Totonaques. Me menant en bateau au début de la conversation, “la terre bombardée, la terre accaparée, surexploitée ou sous exploitée…”, je finis par me taire. Surgirent des questions sur mes origines. Je parlais de mes deux terres préférés, la bretonne et la marseillaise, avec trop d’élocution pour paraître un homme qui en vit. Je ne sais ce qu’il a compris de la lumière des oliviers en été ou du ciel breton illuminé de gris, mais pour sûr j’ai aimé notre coude à coude amical.

Fuerza Chloé.

En attendant le montage des images de cette déambulation, ma cumbia préférée:

New York-Milpa Alta

18 octobre 2008

Je suis parti à New York alors que mes derniers jours au Mexique furent parmi les plus swing. La rencontre avec mon nouvel ami Jaime, joueur de contrebasse, compagnon d’une marxiste italienne orthodoxe, résident nonchalant d’un magnifique vieil appartement à terrasse du centre de la ville m’a rendu les choses plus agréables. Il suffisait de les mettre en musique! Voilà donc que je rejoue du saxophone, en sa compagnie et avec celle de Caroline, de Luigi, de Sabrina (la Melenotte), une joyeuse bande avec qui je suis allé me faire un hamam local, le Temazcal, dans l’une des rares contrées rurales de la ville. A Milpa Alta, ça sent la bouse, le crottin, le champ de maïs et les pots d’échappement des vieilles coccinelles. Le Temazcal c’est un igloo de pierres chauffées où l’eau s’évaporent, s’évaporent des pierres comme des peaux. J’y ai laissé tombé quelques milliers de gouttes de sueur.

C’est donc les pores purifiés que je me rendis dans la capitale de la crise financière. Je ne sais pas si les new-yorkais s’en rendent vraiment compte de la crise. Disons que ça prend du temps de sortir d’une bulle de champagne. Tout le monde s’est rêvé propriétaire, d’une maison avec jardin, d’un chihuahua et de sa niche, d’un 4×4 bio. Le dégrisement est en cours, imperceptible dans le sourire des serveurs- cuisiniers-nettoyeurs mexicains; invisible dans l’élégante garde robe des femmes affairées.

Pour mes amis Hatnim, Max, pour Megan sa compagne, pour les colloc’ d’Hatnim, c’est d’abord un plaisir d’accueillir un gars qui n’a jamais mis les pieds à New York et aux Etats-Unis. Plaisir de m’emmener manger un hamburger, “un vrai”, dans un Dinner branché de Brooklyn à deux pas de la rivière Hudson et de ses entrepôts reconvertis façon Docks de la Joliette, Marseille, France. C’est dans ce dinner que j’ai flashé sur les tatouages de Dam, imprimeur de profession, corréen adopté par une famille blanche américaine. Pour Hatnim, Lauren et Rob, ce fut une franche déconnade de me transporter sur le vaisseau Times Square pour le premier Donut de la journée, 4 A.M, chaudement servi par des mains d’immigrés égyptiens. Mais aussi une épreuve (Merci Hatnim) de m’accompagner au Zoo du Bronx voir des baboins si lascifs qu’Hatnim se demandait si on ne leur avait pas injecter des tranquilisants ce matin-là.

Pour moi, c’est aussi le plaisir de retrouver mes amis français, mon Stéphane et sa compagne Paola, si stéphanesque et chantante, et Pascal, désormais le gars de l’U Pen, Philli.

Avec eux, avec les rires de Stéph, avec l’iphone et les délires de Pascal, avec les fredonnements de Paola, j’ai pris plaisir à déambuler dans Manhattan, non plus en faisant gaffe au trottoir mais en tentant de garder ma tête droite, inévitablement attirée par la hauteur des grattes-ciels.

Car New York, c’est d’abord ce choc, comme tant d’autres l’ont eu, de découvrir Manhattan des vitres d’une voiture traversant un pont. Je ne sais pas vraiment à quoi tient mon “Waaouuu”, peut-être à cette sensation de découvrir l’accomplissement d’un monde, la réalisation parfaite d’une certaine idée de l’urbanité. Mais finalement je crois que le charme de New York tient en une proposition simple: un gigantisme à portée des yeux. Le choc tient à une lutte topographique, à l’écrasante victoire des grattes-ciels contre la planitude et la longévité d’une île (pas si petite, mais pas si grande). Ce n’est pas comme Marseille une affaire de lumière, comme Mexico la Ville une affaire de dispersement de couleurs, d’odeurs et de bruits mais une ambition architecturale réussie et concentrée en un point, l’île de Manhattan. Plus qu’aucune autre ville, New York vit, se nourrit de son centre névralgique. La carte du métro est révélatrice; c’est comme si l’île de la Cité à Paris en concentrant toutes les lignes, rythmait le pouls des parisiens. New York n’est rien sans Manhattan.

Je ne peux résister à l’idée que le charme de cette ville tient d’un procédé, d’une mise en scène efficace et spectaculaire, qu’en somme ses ingénieurs-architectes ont été formés à l’école de Broadway.

Bien entendu, il est injuste de réduire cette ville à des sophistications puériles, encore qu’elles m’apparaissent bien réelles. Au sein de ce décorum, s’agitent des consciences étonnantes de diversité, se réfugiant dans un microcosme de blocks ou de rue, comme ces juifs hassidiques de Flushing Avenue, Brooklyn mais qui doivent probablement partager des aspirations communes qui font qu’aucune crise ne peut profondément les affecter. C’est Lauren, colloc’d'Hatnim, charmante photographe de 26 ans qui m’avouait combien le rythme effréné de la ville et la compétition entre ses habitants la poussait littéralement à dépasser ses atermoiements. Atermoiements que je lisais dans le visage tâcheté de rousseur de Megan, si seule dans cette “pre-dinner party” entre les lasagnes à l’aubergine, les petits fours, les vins français et italiens et les discussions de comptoir des créateurs de mode, de sac et de web site. C’est là que j’ai rencontré la suffisance new-yorkaise, valable dans toutes les capitales du monde, mais ici déclinée en chevelures blondes et brunes, en langues latines et anglo-saxones, en élégances brouillonnes étudiées. J’ai aimé Unnür, l’icelandaise de Los Angeles dessinant des sacs en peaux de poisson, et surtout le bleu de ses yeux. J’ai aimé Léa, la petite parisienne qui allait se marier dans une semaine avec un beau et grand blond, et surtout ses yeux couleur noisette. J’ai aimé ma voisine en robe léopard, la cagolle de New York, éduquée et détestant les écoles publiques, et surtout ses potins glissés à mes oreilles. Je n’ai pas forcément aimé les autres.

I love New York. And Milpa Alta.

King Castro

20 juillet 2008

Le festival d’Avignon a commencé dans une île des caraïbes, dans une ville des caraïbes, Santiago de Cuba. On y compose chaque jour une pièce “Globale”. La troupe est composite, plutôt jeune; un vieillard la dirige: King Castro. Depuis un petit moment, les comédiens semblent prendre le large, ils veulent recomposer une pièce maintes fois présentée, celle de deux touristes étrangers en recherche de nouvelles saveurs, saturés par leur société aseptisée. Les deux héros perdus déambulent dans les ruines d’une colonie espagnole et française. Les colonnades des maisons s’effritent, sur leurs frontons la peinture s’évanouit, et derrière les perrons, après avoir enjambé des chiens crasseux et faméliques, des écrans de télévision chinois bruitent des programmes éducatifs ou les chants de Reggaeton. Reggaeton, c’est la Nouvelle Star, un jeune homme aux dents brillantes, à la coiffe siglé “New York Giants”. Il est entouré de jolies jeunes femmes agitant fesses, bassins et omoplates pour le plus grand bonheur de sa bite. Reggaeton a des rejetons nombreux, la plupart des jeunes comédiens de la troupe qui entourent nos deux touristes. Leur bite, leur fric, leur peau constituent des promesses d’avenir.

Arnaud et moi sommes revenus de Cuba légèrement exténués, comme ma caméra vidéo. Lui est reparti en France, moi au Mexique et ma caméra est au garage. Si le retour au pays de la chingada (enculade) m’est apparu tranquille, c’est je crois parce qu’il fait un climat tempéré dans la capitale. Mon corps se détend et mes réflexions désagréables sur les mexicains s’évanouissent dans l’indifférence.

Je rêve de beautés théâtrales, d’entrechoquements de corps et de voix. Toutes choses que je n’ai vu depuis si longtemps, ni au Royaume du Roi Castro ni au pays de la Chingada. Ah si, avant-hier, un spectacle de danseurs et chorégraphes de Montréal m’a enchanté. Deux couples à la dérive urbaine, entre klaxons et musique de chambre, se sont tendus, détendus, enlacés et séparés, sans fioritures, dans un vieux théâtre (Legaria) appartenant à la sécu mexicaine. Une bouffée d’air.

1 de mayo

2 mai 2008

Le syndicalisme mexicain a mauvaise presse. Et pour cause, fondé en grande partie sur les élans révolutionnaires des années 10-20 du siècle dernier, il s’est très tôt connecté à l’appareil du PRI, lui offrant votes, allégeances et figures politiques. Le syndicalisme mexicain est amateur de slogans ouvriéristes, d’odes à la gloire du paysan et de bonnes bouffes dans de belles villas. Tout le monde, à tous les niveaux, y a trouvé son compte. Pour moi, le Mexique était et demeure sur bien des points l’URSS du continent américain.

Mon voisin libraire est devenu conservateur à cause des syndicats: c’est eux qui gèrent le recrutement (familial ou après une petite vente aux enchères), en grande partie la carrière et d’une certaine façon ils déterminent le niveau de productivité. Très faible. Au fond, ça pourrait me convenir quand il ne s’agit pas de pratiques individualistes et grégaires généralisées. “L’individualisme socialiste”, je crois, on en a jamais trop parlé.

J’aime bien mon libraire réac’ avec ses lunettes grises comme j’aime bien Evaristo et sa moustache grisonante. Nous étions un peu seuls sur le Zocalo à voir défiler les cortèges syndicaux. Beaucoup de discours à la tribune, “beaucoup de vents, de syndicats encore affiliés au PRI, de leaders surenrichis” me dit-il portant fièrement la flamme rouge et noir du SITUAM, le syndicat de notre université. Il faut dire, l’identité syndicale est parfois bien supérieure à l’identité d’entreprise. Il y a les électriciens du Esmé(SME), les tranviarios (Tramway-bus, metro), les telefonistas mais pas les facteurs. Non, le syndicat de la Poste brille par son absence.

Malgré la tonalité critique des discours de mon entourage, je garde à l’esprit les formidables capacités d’organisation collective de ces différentes corpos (des électriciens aux vendeurs de rue). Je ne résiste pas à l’idée que la manif’ des mexicains aux Etats-Unis doit une partie de son succès à ce 6ème sens, né du “socialisme d’Etat mexicain”.

Ces images ont été prises entre 9h et 12h30 le jeudi 1er mai 2008.

La Villa

15 avril 2008

Dimanche pluvieux sur la Ciudad de México après une semaine de grosse chaleur (plus de 30°c). Mon amérique et moi avions des plans pour sortir de la ville, ce sera pour un autre week-end. Kelly, car c’est comme ça qu’elle s’appelle mon amérique, et moi décidons de voguer dans la ville. Un petit tour au Zocalo en Métro, une expo de Francisco Toledo a la Casa de Cultura de España, la manif’ de Lopez Obrador puis une brève escapade pour voir les mariachis en goguette sur la Plaza Garibaldi. Leurs instruments proprement rangés dans leurs étuis, leurs coiffes refaites à neuf, ils digèrent ensemble leurs exploits de la veille, au rythme d’amicales palabres. Quelques clodos avachis, les jambes à leur cou, laissent exhaler le parfum des coronas et tequilas trop vite avalés: ils ont perdu le “Control” (beau film, bel acteur, belle musique) et nous le ciel bleu et orange de México, aujourd’hui transformée en Manchester.

Nous prenons un autre pesero pour “La Villa”, la fameuse basilique de la reine incontestée du pays, la Vierge, celle de Guadalupe. Nous ne le savions pas mais aujourd’hui on enterre le cardinal. Du coup, à cause de la manif’ des “gauchos” sur le Zocalo, de chastes tractations se sont déroulées pour éviter le son des cloches au moment des discours anti-privatisation (12h). “Oil zana” au plus haut des cieux!

Un mot encore, la basilique est une tortue (merci les enfants!):