Annie Ernaux
29 septembre 2008
Comme tant d’autres fois, j’ai dévoré le dernier roman d’Annie Ernaux, Les Années, les années 1940-2000, le quotidien de la guerre, de la Libération, les rites des familles, la masturbation féminine, les objets de la consommation quotidienne, les hommes, l’état d’une conscience collective dissimulé dans le flot des reportages et des analyses savantes et moins savantes, une perception du temps et de l’espace enfouite dans le puits des mémoires, la sienne et celle d’un peuple. Ce n’est pas une fresque, c’est le reportage intime d’une vie inscrite dans le cours d’une société que je ne peux nommer autrement que française. On pressent ce que l’adjectif peut avoir de réactionnaire dans une époque qui revendique une ou des identités. Et pourtant, ce qualificatif peut bien traduire autre chose, peut-être tout simplement, chez Ernaux, une langue support d’une écriture palimpseste. Française, au féminin, pourrait d’abord signifier une capacité d’observation des relations sociales, qui de Maupassant à Ernaux se déplie dans une langue dépouillée, qu’on pourrait dire ciselée, modelée dans l’argile d’une société à tant d’autres pareilles subtilement différenciée. Mais ce n’est pas de la haute couture, ni de l’artisanat populaire, c’est autre chose qui je crois ne s’entend qu’en référence à la position singulière d’une fraction des classes moyennes cultivées. Cette position sociale, celle que je retrouve dans le dernier Klapisch -Paris-, et même dans l’ultime Molière mérite davantage qu’un jugement à l’emporte-pièce, et d’abord de renoncer au qualificatif de bourgeois. Cette classe n’a rien de bourgeois, rejetant profondément l’ordre marchand et commercial. Je trouve que Klapisch a trouvé un bon point de vue, celui d’un homme malade qui regarde du haut de son balcon ses contemporains, entouré de livres et de disques, confortablement installé mais sans fioritures, conscient de ses handicaps mais désireux avant tout de les surmonter, d’être à la fois spectateur et acteur. Cette scène du film, dans la boulangerie, où je songeais, entre la gérante et la beurette, à cette homme au visage émacié, souriant à la plus jeune, fronçant légèrement les sourcils au racisme ordinaire de la plus vieille, pris entre la séduction et la répulsion, et qui finalement échangera 80 centimes contre une baguette. Cet homme fragile qui observe et veut être observé, connecte des univers sociaux, s’installe dans les entrelacs de mondes qui ne cherchent pas toujours à se refugier dans l’entre-soi. C’est cela la position des moyens cultes. Ma position.
Voguant depuis plusieurs jours, plusieurs semaines je ne sais plus, au gré d’un courant éstudiantin, je retrouve les sensations de la déperdition, du temps non compté dévoué à la nonchalance. Je suis de nouveau ce thésard, flânant, observant ces congénères, les trouvant parfois intéressant comme mon ami poète Sébastien, de passage, parfois ennuyant comme moi sous le regard scrutateur d’Amélia. Il ne se passe plus grand chose dans c’te ville, sinon qu’on y accueille au fond d’un immense parc un contrebassiste japonais, ce genre de poète musical que j’aime tant, qui embrasse le caisson, tord l’archet, distend les cordes. Tetsu Saito et ses crins.
Je commence à comprendre. Non, non, pas le mexique, les mexicains et tout ce bordel, plutôt facile à décrire, mais cette sensation de rechercher un supplément d’âme dans l’air du jour, d’essayer de déceler derrière la vacuité des bruits et couleurs de la Ville du Mexique, une posture, une rupture que je ne trouve finalement que dans les vibrations des textes, des images et des sons reconstruits par des gens qu’on appelle des artistes. Sans eux je m’emmerde.
Bon, faut pas que j’exagère, une petite cumbia et ça régénère:
Ce film est le résultat forcément enrageant de mes premiers pas sur Final Cut Pro.
1 octobre 2008 at 20 08 03 1003
cela n’a rien à voir mais je voulais juste signaler que ce merceredi 15h00, l’OM est en train de perdre 2-1 face à l’Atletico Madrid du Mexicain Aguirre. Voilà. Les Français sauront-ils ne pas sombrer dans le syndrome de Puebla?
17 octobre 2008 at 22 10 29 1029
Ciao,
juste pour te demander si tu lisais des bouquins en espagnol, de la littérature sud-américaine par ex. J’ai vu qu’en Colombie y avait en ce moment des romanciers intéressants…
17 octobre 2008 at 23 11 32 1032
J’ai lu les classiques mexicains les premiers mois, Rulfo, Paz, Pacheco, Fuentes. Depuis, pas grand chose sinon rien. Je reste à la recherche de plumes contemporaines, peut-être chez les cubains.