Canard à l’orange

5 août 2008

Il faisait un temps de néons ce jour-là et les jours suivants dans le centre de distribution du courrier qui dessert mon quartier. Je n’avais pas encore acheté mes chaussures de sport, je portais ma sacoche de cuir en bandoulière, je cheminais entre les odeurs de graisse des tianguis de l’Hôpital Central en pensant que décidément je n’étais pas fait pour me lever tôt. Des nouvelles de Radio Horizonte je n’avais rien retenu seulement le ton monocorde et métronomique de l’homme qui faisait la revue de presse. C’est en rêvassant et les yeux mi-clos que je m’annonçais à la guardienne des lieux. Pas moyen d’entrer sans l’autorisation de l’administrateur qui allait arriver sous peu. Sous le froid, j’attendais patiemment en voyant défiler un à un les facteurs de Vertiz, et un à un je les voyais se faufiler dans l’étroite porte métallique qui marquait l’entrée du centre.

Au bout d’un mois d’enquête, la porte se referme et dans ma sacoche je pense avoir glané l’idée que ce travail est un petit commerce, l’abarrote (l’épicerie) des hommes et des femmes d’un peu plus que de peu, essayant d’assouvir leurs désirs à l’ombre d’un système de production vicieux. Ces petits entrepreneurs ne sont pas des petits-bourgeois, plutôt des prolos grassouillets cherchant avec les talents les plus divers à se maintenir à la surface d’une mare partout considérée comme fangeuse. Nulle nouveauté, la ruse du vendeur de force de travail n’a d’égal que la filouterie des mécanismes de son exploitation.

Mais dans cette mare, il y a un vilain petit canard, souvent irrévérencieux mais ses irrévérences sont toutes égocentriques. Ne lui importe que le plumage. Du syndicat de la Poste mexicaine, Gramsci aurait pu déclarer: voilà un mauvais prince, épousant l’idéologie de ses maîtres pour satisfaire les instincts de ses membres. Il aurait pu en dire autant du plus grand syndicat du monde, la fédération des syndicats de Chine. Han, héro de la dissidence de la classe ouvrière chinoise, aujourd’hui à la tête d’une ONG financé par les USA, dit ceci: “il n’y a pas d’autres possibilités que de coopérer avec cette fédération. Nous devons être réalistes sur les conditions, sur la répression, mais surtout sur la manière dont les travailleurs voient le monde. La plupart d’entre eux veulent juste améliorer un peu leur quotidien; ils sont si occupés avec leur famille, et leurs horaires de travail sont longs.” Extrait de http://www.thenation.com/doc/20080818/parenti
“par bien des aspects, nous vivons des jours meilleurs”, nous rappelle un étudiant en droit chinois.

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