King Castro

20 juillet 2008

Le festival d’Avignon a commencé dans une île des caraïbes, dans une ville des caraïbes, Santiago de Cuba. On y compose chaque jour une pièce “Globale”. La troupe est composite, plutôt jeune; un vieillard la dirige: King Castro. Depuis un petit moment, les comédiens semblent prendre le large, ils veulent recomposer une pièce maintes fois présentée, celle de deux touristes étrangers en recherche de nouvelles saveurs, saturés par leur société aseptisée. Les deux héros perdus déambulent dans les ruines d’une colonie espagnole et française. Les colonnades des maisons s’effritent, sur leurs frontons la peinture s’évanouit, et derrière les perrons, après avoir enjambé des chiens crasseux et faméliques, des écrans de télévision chinois bruitent des programmes éducatifs ou les chants de Reggaeton. Reggaeton, c’est la Nouvelle Star, un jeune homme aux dents brillantes, à la coiffe siglé “New York Giants”. Il est entouré de jolies jeunes femmes agitant fesses, bassins et omoplates pour le plus grand bonheur de sa bite. Reggaeton a des rejetons nombreux, la plupart des jeunes comédiens de la troupe qui entourent nos deux touristes. Leur bite, leur fric, leur peau constituent des promesses d’avenir.

Arnaud et moi sommes revenus de Cuba légèrement exténués, comme ma caméra vidéo. Lui est reparti en France, moi au Mexique et ma caméra est au garage. Si le retour au pays de la chingada (enculade) m’est apparu tranquille, c’est je crois parce qu’il fait un climat tempéré dans la capitale. Mon corps se détend et mes réflexions désagréables sur les mexicains s’évanouissent dans l’indifférence.

Je rêve de beautés théâtrales, d’entrechoquements de corps et de voix. Toutes choses que je n’ai vu depuis si longtemps, ni au Royaume du Roi Castro ni au pays de la Chingada. Ah si, avant-hier, un spectacle de danseurs et chorégraphes de Montréal m’a enchanté. Deux couples à la dérive urbaine, entre klaxons et musique de chambre, se sont tendus, détendus, enlacés et séparés, sans fioritures, dans un vieux théâtre (Legaria) appartenant à la sécu mexicaine. Une bouffée d’air.

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