Archives Mensuelles: juin 2008

ça pourrait être ça “broyer du noir”, prendre un morceau de boue, le malaxer, en tirer le mauvais jus et le contempler. Tu ne peux rien y faire, le résultat final est forcément moche.
Alors, ce que je fais en ce moment, c’est tirer quelques pépites bien maigres, bien rares de cette boue. Je crois que c’est un choix de société que vivent ou endurent les mexicains: on ne laisse pas impunément des dirigeants politiques s’enrichir grassement et publiquement même après 70 ans de PRI, des juges de la cour suprême gagner 5 millions de pesos/ par mois pour avaler tous les projets gouvernementaux avec cette incroyable cynisme de dénoncer les principes du projet pour mieux l’entériner! (Projet de retraite mexicain).
Ce qui se passe dans les hautes sphères a des résonances dans les plus basses. Chacun le sait, et semble s’en contenter. Deux stratégies de résistance: lutter et se faire virer ou flinguer; aller aux Etats-Unis et se faire exploiter dans les règles (au moins c’est propre). D’où un système pour l’heure imparable pour produire le vice sous la parure de la vertu. La presse, les intellos passent leur temps à dénoncer ces scandales: des bouffons au sens propre dont le jeu finit par lasser.
L’impunité est la règle et quand les facteurs de la Poste me disent à propos de l’adultère “pas vu, pas pris”, c’est même pas vrai. Tout le monde le sait, et tout le monde se trompe à coeur joie: “tequila, botanas (chips) et viejas! (meuf). La vie sexuelle comme déclinaison de la vie politique et sociale. Mais pourquoi tant d’hypocrisie, de faux-semblants, de faux-culs (toute chose profondément inscrite dans la langue mexicaine, mêlant courtoisie et saloperie à un degré inégalé)?
Je suis à peu près sûr que si les facteurs-factrices ont accepté sans problème de travailler jusqu’à 16h (alors qu’ils finissent tous vers 14h), c’est parce qu’ils peuvent bécoter leur amant-es tranquilou pendant deux heures. Dixit Antonio: ” le coup de fil? c’est ma “vieja” -ma meuf-, elle m’attend pour que je la câline, pour un gros roudoudou (faisant le geste un peu salace de rouler sa panse sur la sienne)”. Et de fait, une fois arrivé au bureau à 14h, il s’est échappé voir sa meuf, son amante. A la Poste mexicaine, bosser et se bécoter ça rime et le petit français de se demander si ils et elles ne sont pas les plus subversifs, le travail pouvant être une source de satisfaction des désirs sexuels.
C’est sûr, d’un point de vue sociologique, peut-être fouriériste, c’est génial. Mais ce que je ressens, c’est qu’un peuple va à la “chingada” - enculade- par esprit de revanche contre le traitement que leurs élites, ou leur mari/femme leur réservent. S’agit-il vraiment d’un choix? A ce stade de l’analyse, le cercle est trop vicieux pour prononcer le mot “choix”.

Refrain: mais pourquoi tant d’hypocrisie…

NEWS: L’Union Européenne vient de choisir le Mexique comme “partenaire stratégique” (= affaires juteuses) en Amérique Latine, après avoir financé une multitude d’ONG pour dénoncer la situation des Droits de l’Homme dans ce pays.

Allez va, tout ira mieux demain dans ce pays de merde.

J’ai le dégoût des mexicains, au-delà même des conditions matérielles ou sentimentales qui ont pu affecté ma perception des choses. Je l’écris parce que ça m’intéresse de savoir comment je peux devenir con.

Il s’est passé quelque chose, quelque chose de profondément dérangeant dans mon rapport aux mexicains. Il y a des indices assez objectifs qui m’ont aidé à y voir clair, et d’abord le fait que je ne compte aucun mexicain comme ami. Les mexicains que j’aime vivent avec des étrangères; les mexicaines avec des français ou des québécois. Les mexicains que j’apprécie détestent leurs compatriotes. Mes ami-es non mexicains n’ont pas d’ami-es mexicains.

Evidemment je parle des mexicains que je vois, des vendeurs de rue (des prolos savamment auto-organisés pour te défaire de 10 pesos et apporter ses voix aux autorités les plus offrantes), des employés administratifs d’Etat (classe médiocre, autosatisfaite mais volontiers aimable quand tu fermes ta gueule), des facteurs (classes moyennes basses, et bassesses), des étudiants de socio (la connaissance comme stratégie de survie monétaire, tout à fait pardonnable mais décevant), des chercheurs qui parlent beaucoup (trop), des femmes fausses, sans mystère autre que celui de cacher maladroitement leur intérêt immédiat. Bref, ça va plus en Nouvelle-Espagne, terre de rencontre de cultures profondément machistes. Un machisme élevant l’hypocrisie au rang d’us et coutume, avec l’appui fier et revendiqué des femmes. Pourquoi pas, c’est une façon de régler les rapports de couple par la violence, la rancoeur et le cynisme mariachi. Une bonne sérénade, et une bonne enculade.

C’est peut-être parce que le contraste est trop grand avec les enfants, beaux et libres.

Allez va, tout ira mieux demain dans ce pays de merde.